«Clair de lune II», d’après Claude Debussy, une toile de Théo Mansour. (DR)
Lavis sur papier, acrylique, encre de Chine, technique mixte, huile, bronze, marbre blanc de Carrare, terre cuite, bois, acier, résine polyvinyle, toiles et sculptures voisinent en toute étrange mais cohérente harmonie, pour célébrer les intermittences du cœur et la victoire de la vie.
Histoires de couples ou de tout engouement profond ou passager, l'amour à visages multiples a ici une voix péremptoire au chapitre. Voix tendre, passionnée, brutale, nuancée. Avec des modulations non sans surprises et des accents qui ne manquent ni de lyrisme, ni de grinçant, ni de sécheresse voulue.
S'alignant sagement, mais chacun se réservant, en part léonine, son identité et sa griffe, des artistes libanais et étrangers se sont frayés un chemin au cœur, à la sensibilité et aux émotions du public. Monde hétéroclite, bigarré, stylisé, libre, tonique, vigoureux, échevelé, organisé, farouche et indomptable. Un monde reconstitué qui représente sans concession la vie, son pouls, ses battements, sa diversité, ses ramifications, son assurance, ses errements, son tâtonnement, sa certitude, sa force, sa fragilité. Autant d'images disparates, fragmentées, indépendantes, accomplies, inabouties, aux éblouissements insaisissables, qui se multiplient à l'infini, comme un insondable reflet de miroir.
À la fois témoignages, cris, murmures, réalité et sublimation d'un « vécu » aux traces, aux morsures, aux inassouvissements et aux caresses indélébiles. À cette fête de l'amour, ces moments qu'on ne célèbre jamais suffisamment dans une traversée humaine, sont invitées les œuvres de Rima Amyuni, Clotilde Ancarani, Charles Belle, Christophe Bonacorsi, Faust Cardinal, Leonardo Cremonini, Axel Cassel, Pascal Courcelles, Andrée Fattal, Augusto Foldi, Patrice Giorda, Fadia Haddad, Houda Kassatly, Juliette Lemontey, Juarez Machado, Théo Mansour, Gabriela Morawetz, Roger Moukarzel, Moataz Nasr, Malgorzata Pasko, Boulos Richa, Karine Roche, Ody Saban, Sophie Sainrapt, Takayoshi Sakabe, Jean-Michel Solvès, Tanbak, Missak Terzian, Émilio Trad, Anne-Marie Vesco et Antoine Vincent.
Aurait-on attendu Hegel pour savoir que rien de grand ne s'accomplit sans passion ? C'est cette force bouleversante et irrépressible de la passion qui nous lie à la vie dont il s'agit ici. Avec un ensemble d'images, parfois déroutantes, cruelles, tendres, souvent surgies de partout et de nulle part... Du quotidien le plus banal aux coins d'ombre les plus éloignés de nos désirs (déclarés ou tus), de notre imaginaire (débridé ou rangé), de nos rêves ou de nos cauchemars, de nos inconscients les plus agités, les moins soupçonnés.
De véritables fenêtres ouvertes sur la vie que ces images surprenantes, miraculeuses, abstraites, figuratives, colorées, insolites, familières, surréalistes. Elles se profilent, dans une belle volubilité et une remarquable éloquence, sur les murs blancs, tel un film «benuélien» qui dévide son intarissable et magique bobine.

