En cherchant de l’or dans des mines de la région, des villageois sont tombés sur des roches à la teneur très élevée en plomb, contaminant leur lieu de vie. Pius Utomi Ekpei/AFP
Dareta, un village de 2 000 âmes dans le nord-ouest du Nigeria, est gravement contaminé au plomb et il n'y a pas de temps à perdre. Il faut retirer partout cinq centimètres de sol contenant le métal mortel.
C'est en cherchant de l'or que les villageois ont, sans le savoir, contaminé leur lieu de vie.
« Soixante et un enfants sont morts ces deux derniers mois, l'un de mes petits-enfants est malade », explique le chef du village, Mohammad Bello, un vieil homme inquiet. L'urgence est désormais de sauver les centaines d'enfants restant dans ce lotissement d'une centaine de maisonnettes de terre, accessible uniquement par des pistes boueuses, situé à près de trois heures de route de Gusau, la capitale de l'État de Zamfara.
« Quasiment tous les enfants de ce village sont gravement empoisonnés au plomb », dit Ian von Lindern, directeur de Terragraphics, une société spécialisée dans la lutte contre la pollution environnementale.
Il supervise les travaux à Dareta, où de gros camions de terre font des allées et venues, tout en renseignant diplomates et officiels venus ce jour-là pour se rendre compte du désastre.
L'extraction sauvage d'or dans des mines de la région est courante à Zamfara. Les villageois, pauvres, ramènent chez eux les blocs de roche extraits de ces mines, qu'ils concassent et traitent pour en extraire l'or. Par malchance, ils sont tombés il y a plusieurs mois sur une mine à la teneur très élevée en plomb, un métal qui peut, s'il est ingéré ou inhalé, pénétrer dans le système sanguin et bloquer la production d'hémoglobine qui transporte l'oxygène aux organes. Les enfants y sont particulièrement vulnérables.
Six à sept villages auraient été contaminés. Au total, 163 personnes sont mortes, dont 111 enfants, selon des chiffres officiels. Mais les experts craignent qu'ils soient en deçà de la réalité. « Nous sommes face à un problème dont nous ne connaissons pas l'ampleur », estime ainsi l'un d'entre eux.
« C'est sans précédent. Il y a plus de morts par empoisonnement au plomb ici (dans la région) que dans le reste du monde au cours des 40 dernières années », affirme M. von Lindern qui se tient au bord de la mare de Dareta, dont l'eau est aussi polluée.
Les experts internationaux récemment dépêchés dans la zone, parmi lesquels une équipe du Centre for Disease Control américain (CDC), ont constaté que les enfants avaient dans leur sang un taux de plomb bien supérieur au niveau maximum que leurs machines étaient capables de détecter, raconte-t-il. « Si nous étions aux États-Unis, ils seraient tous hospitalisés et traités », poursuit Ian von Lindern en regardant autour de lui les bambins qui continuent de jouer et courir pieds nus sur le sol contaminé.
Nombre d'entre eux risquent d'avoir des séquelles qui se révéleront à moyen et long terme. Le plomb peut notamment avoir des effets neurologiques graves.
L'ONG Médecins sans frontières (MSF), qui a déjà déployé une équipe dans un hôpital à une cinquantaine de kilomètres, prévoit de mettre en place un centre de soins pour traiter les habitants de Dareta dans les jours à venir, selon Andreas Häggström, coordinateur du projet.
En attendant les traitements, il faut donc décontaminer les lieux de vie, une opération tout aussi cruciale. « Nous travaillons dans l'urgence car la saison des pluies va démarrer », met en garde Simba Tirima, un scientifique venu des États-Unis. Car l'eau risque de déplacer les sols contaminés, rendant le nettoyage encore plus difficile, met-il en garde, tandis que les villageois remplissent des brouettes de terre à
évacuer.

