Paola Antonelli, curatrice au MoMA, lors de sa conférence à la Crypte de l’USJ. (Marwan Assaf)
«Cette acquisition symbolise une nouvelle étape, a affirmé l'historienne de l'art. Désormais, la possession matérielle d'un objet n'est plus indispensable pour une acquisition. Cet événement autorise les conservateurs des musées à acheter et étiqueter le monde et toutes ses connaissances... qui ne sont pas physiquement "possédables". Soit parce qu'elles sont trop grandes (comme des bâtiments, Boeing 747, satellites), soit parce qu'elles sont dans l'air et appartiennent à tout le monde et à personne.»
Évidemment, le MoMA n'a pas acheté une arrobase. Le symbole est, et restera, gratuit. Encore heureux... Ce que le musée a acheté, c'est l'acte du dessin en lui-même. «Nous avons acheté le brevet du design et comme nous le représentons dans différentes typographies, nous annotons à chaque fois les typos comme s'il s'agissait du matériel dont est réalisé un objet physique», a précisé la curatrice lors de sa rencontre avec les créatifs libanais. En restituant les traits saillants du design mondial, la curatrice d'origine italienne a indiqué que «c'est souvent par défaut que l'on définit le design comme discipline en le juxtaposant à d'autres domaines limitrophes, affirme-t-elle. Selon les dogmes exclusifs, le design n'appartient pas aux beaux-arts, car il ne relève pas uniquement de l'expression individuelle; il n'appartient pas à l'architecture, en raison des différences de contexte, de nombre de produits et d'échelle; il n'appartient pas à l'artisanat, car il bricole avec des outils de production en série; il n'appartient pas à l'industrie, car il doit aller bien au-delà de la perfection fonctionnelle... - et les designers ont souvent du mal à redéfinir le champ de leur activité par rapport au marché, à la technologie ou à l'histoire, autrement dit, au monde. C'est pourquoi, dès qu'un individu s'efforce de casser le moule, les designers se hâtent d'élever celui-ci au rang de modèle, de symbole de la liberté et de l'émancipation.»
Pour Antonelli, le design n'est pas uniquement un bel objet ou une belle chaise. Il se met de plus en plus au service de la science et des technologies. «La visualisation, par exemple, est le processus qui consiste à utiliser des logiciels pour représenter des données complexes permettant à tout un chacun de les comprendre. À une époque où nous sommes de plus en plus bombardés d'informations complexes, la visualisation est l'un des aspects les plus intéressants du design», a ajouté Antonelli, précisant que ce thème était la clef de l'exposition «Design and the Elastic Mind» qu'elle a organisée au MoMA.
Paola Antonelli a conclu en affirmant qu'en dehors de la recherche formelle tridimensionnelle, «le designer se situe entre la vie quotidienne et la révolution». Et elle a invité, pour conclure, les créatifs libanais à faire leur révolution.


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