Rechercher
Rechercher

Culture - Livres

Douglas Kennedy au pays des pharaons

On connaissait Douglas Kennedy maître du thriller psychologique. Avec « Au-delà des pyramides », son dernier opus qui vient de paraître aux éditions Belfond, on le découvre écrivain voyageur...

Au-delà des pyramides* est en réalité la traduction française du tout premier livre de Douglas Kennedy. Un récit de voyage publié en 1988, en Angleterre, et interdit à sa parution en Égypte, où il y est, paraît-il, toujours banni, 22 ans plus tard !
C'est que l'auteur y signalait, déjà à l'époque, la montée en puissance du fondamentalisme dans ce «pays arabe coincé dans sa politique entre l'Occident et le monde islamique».
Mais revenons à la genèse de cet ouvrage. En 1985, Douglas Kennedy n'est pas encore l'auteur américain préféré des Français (avec Paul Auster, néanmoins). Il n'a pas encore entamé sa carrière d'écrivain et se débat entre ses aspirations déçues de dramaturge et les piges qu'il fait pour un journal irlandais. Pour sortir de son marasme, il propose à un éditeur anglais un projet de récit de voyage en Égypte. Celui-ci agréé, il met immédiatement le cap vers le sud avec quelques billets de train et de bateau pour rallier Alexandrie, avec 3000 livres sterling en poche, cinq carnets de notes et la volonté bien arrêtée d'éviter les circuits touristiques de l'Égypte immémoriale !
Pas de remontée du Nil en bateau de croisière donc pour celui qui se définit alors comme un «apprenti romancier», ni de visites de pyramides, mais un désir de nourrir son écriture - d'une belle limpidité - de la découverte d'un pays qui bouge et se transforme.
Le défi est relevé dans ce récit de voyage, qui raconte, entre chronique, reportages, portraits et mémoires, l'Égypte contemporaine hors de tout cliché.
D'Alexandrie au Caire, en passant par Assouan, la cité des morts, l'oasis de Siwa ou encore un monastère copte en plein désert, le parcours de cet Américain en terre arabe est émaillé de tribulations et de rencontres qui, pour être souvent cocasses, n'en sont pas moins vraies.
Cet écrivain qui «regarde la rue pas (son) nombril» va, entre autres, croiser un concessionnaire Toyota dont le cœur balance entre ses deux épouses locales et sa troisième en Allemagne, un médecin cairote continuellement dans les vapeurs du haschisch, un capitaine de felouque au cœur brisé par une Française, des Bédouins accros à CNN, des moines informaticiens en plein cœur du désert et une flopée d'expatriés de tout poil : ingénieurs, enseignants, prêtres de paroisses ou encore carmélites échouées dans la ville la plus bruyante du monde...
Ce qui donne lieu à des scènes insolites, croquées avec humour par cet auteur très pince-sans-rire. Mais derrière ces historiettes amusantes se profilent les constatations et réflexions perspicaces d'un journaliste observant que «l'ouverture de l'Égypte au capitalisme, avec l'accession de Sadate au pouvoir en 1970, a paradoxalement été synonyme de pauvreté pour la majorité de la population». Et qui porte un regard certes aiguisé, mais non dénué de tendresse, sur une société gangrenée par une bureaucratie impotente, une surpopulation et une paupérisation galopantes ainsi qu'une succession de politiques inadaptées...
Comme si Kennedy dressait dans Au-delà des pyramides la liste des éléments qui entrent dans la composition d'une bombe à retardement. Un quart de siècle plus tard, celle-ci n'a toujours pas été désamorcée. Le risque de son enclenchement est toujours omniprésent. D'où l'actualité de ce livre...

* Disponible chez Antoine ou par commande sur le site www.belfond.fr
Au-delà des pyramides* est en réalité la traduction française du tout premier livre de Douglas Kennedy. Un récit de voyage publié en 1988, en Angleterre, et interdit à sa parution en Égypte, où il y est, paraît-il, toujours banni, 22 ans plus tard !C'est que l'auteur y signalait, déjà à l'époque, la montée en puissance du fondamentalisme dans ce «pays arabe coincé dans sa politique entre l'Occident et le monde islamique». Mais revenons à la genèse de cet ouvrage. En 1985, Douglas Kennedy n'est pas encore l'auteur américain préféré des Français (avec Paul Auster, néanmoins). Il n'a pas encore entamé sa carrière d'écrivain et se débat...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut