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Culture

Pazzi, ou les extases d’une carmélite

Pour le second volet du Printemps de Beyrouth, mysticisme et spiritualité à travers la danse avec la compagnie Interface qui présente « Pazzi » à La Bulle, au centre-ville. Dans un théâtre délabré et chaud comme une étude, la vie d'une carmélite florentine touchée par la sainteté.

Un clair obscur entre «Le dialogue des carmélites» de Bernanos et «La Religieuse» de Diderot. Photo Wassim Daou

Sur une scène nue avec de lourds portails en fer, solitude absolue et exacerbée de trois carmélites. Un clair obscur poussiéreux entre Le dialogue des carmélites de Bernanos et La Religieuse de Diderot. Pour être encore plus près du texte arabe, on serait tenté de parler de Hindiyya, la nonne de Bkerké qui, entre extases, sorcellerie, visions, miracles et crimes, n'a pas fini d'étonner les croyants. Mais il s'agit là d'une autre histoire : sainte Marie-Madeleine de Pazzi, vierge de l'ordre du Carmel, entre enfermement volontaire et libération spirituelle à travers un corps réduit à sa plus simple humilité.
Comme dans un coin du bout du monde, entre sombres cavernes et noirs couloirs des couvents du Moyen Âge, s'ébattent trois couventines recluses. Atmosphère vénéneuse des folles de Loudun pour reproduire ce XVIIe siècle où vécut la notable bourgeoise florentine Marie-Madeleine de Pazzi, éprise de Dieu jusqu'au délire. Et qui, par-delà souffrance, obéissance et austérité, atteint la sainteté.
C'est ce parcours, loin des valeurs communes et conventionnelles, que retrace une chorégraphie qui ne s'embarrasse ni de joliesse, ni de petites pointes, ni de déhanchements coquins, et encore moins de petits pas gracieux ou aériens.
Prières, mortifications et méditations sont les nourritures terrestres de ces êtres qui ont laissé la vie pour mieux la vivre. Aimer la vie et Dieu à en mourir serait la paraphrase de ce spectacle intense, violent et certainement quelque peu baroque.
Sur une musique somptueuse, une sorte d'oratorio lyrique alliant des accents de Carl Orff et de musique contemporaine parfois à la Ligeti, André Pignat, signataire inspiré de la partition et assumant en même temps la mise en scène, sculpte avec vigueur l'espace scénique pour des danseurs qui transcendent une gestuelle ordinaire.
À l'éloquence des corps s'ajoute la force du verbe. Un texte fort comme un coup de poing, alliant poésie, emportements passionnés et amour divin ravageur (texte ici en langue arabe mais débité à gros décibels, ce qui entache la diction, l'audibilité et la netteté de la déclamation, trop emphatique), vient seconder cet univers où le corps a ses limites, ses retranchements, ses défaillances, sa témérité, sa timidité, ses désirs, ses insoumissions. Un corps impitoyablement toujours mortifié, lacéré, flagellé et soumis aux diktats de l'obéissance.
Dans des éclairages blafards ou teintés de rouge, le spectacle, crépusculaire et oppressant, a une esthétique particulière qui vise l'immatérialité à travers la danse, une sorte de bacchanale délibérément indécente et désarticulée.
Il reste dans la tête du spectateur des images qui marquent. Bras tendus vers le ciel, ventre en feu comme des bouches voraces, attouchements brûlants pour saisir l'éternité et l'infini, et surtout cette musique magnifique, entre murmure solitaire des allées des couvents, prière des morts et timbres confus traduisant l'exaltation pour la vie et la liberté.

Sur une scène nue avec de lourds portails en fer, solitude absolue et exacerbée de trois carmélites. Un clair obscur poussiéreux entre Le dialogue des carmélites de Bernanos et La Religieuse de Diderot. Pour être encore plus près du texte arabe, on serait tenté de parler de Hindiyya, la nonne de Bkerké qui, entre extases, sorcellerie, visions, miracles et crimes, n'a pas fini d'étonner les croyants. Mais il s'agit là d'une autre histoire : sainte Marie-Madeleine de Pazzi, vierge de l'ordre du Carmel, entre enfermement volontaire et libération spirituelle à travers un corps réduit à sa plus simple humilité.Comme dans un coin du bout du monde, entre sombres cavernes et noirs couloirs des couvents du Moyen Âge,...
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