L’Orchestre philharmonique libanais clôturant le Festival Chopin, avec le fougueux Piotr Szychowski au piano, en remplacement de Jerzy Stryjniak.Photos Hassan Assal
En ouverture de ce concert dédié au bicentenaire de Chopin, menu surprenant et quelque peu inédit, avec une Polonaise (op 40) et deux Mazurkas (op 6 n°3 et op 33 n°2), mais en version orchestrale !
Des œuvres qui ne perdent rien de leur subtile essence, mais surprennent par cette poésie insaisissable du clavier qui se dilue brusquement dans les cordes des violons ou les trémolos des violoncelles. On cherche en vain cette délicatesse et cet aspect diaphane des notes aux touches d'ivoire, pour être emporté dans le tourbillon et la densité des phrases orchestrales, certes toujours aussi vibrantes et tourmentées, mais qui ont soudain une force dévoyée, moins luminescente, différente.
Tout en savourant cette découverte d'un Chopin orchestré (adroits arrangements de Fitelberg et Szostak), on préfère revenir aux murmures et déchaînements du clavier, fidèle et impérissable compagnon du pèlerin polonais.
En seconde partie, l'un des plus sublimes concertos de l'époque romantique, celui des adieux de Chopin à Varsovie en 1830. Il s'agit du Concerto pour piano et orchestre n°1 en mi mineur aux trois mouvements (allegro maestoso, rondo-larghetto et rondeau- vivace) alliant impétuosité et rêverie, orages et embellies, ombre et lumière, arpèges foudroyants et triolets insistants, appoggiatures luxuriantes et retenues soudaines, épanchements profondément romantiques et regard clair vers le futur.
Au clavier, en remplacement de Jerzy Stryjniak, victime d'un incident de santé, le fougueux Piotr Szychowski, trente et un printemps, profil d'aigle et tout vêtu de noir. Ardent défenseur de l'œuvre de Chopin pour des interprétations qui ont retenu l'attention du public, de la presse et des jurys de compétitions internationales, dès la morsure du premier accord, le brillant pianiste a insufflé du sang neuf à ce concerto à la fois incandescent, éruptif et magnétique.
Ovation à tout rompre pour ce pétillant champion du clavier, littéralement possédé par la musique. Deux bis et, bien entendu, toujours Chopin au bout des doigts. D'abord la douceur d'une valse aux tempos caressants, avec des envolées furtives vers une certaine tristesse, un certain azur, une certaine tendresse.
Et puis cette mythique Polonaise héroïque gansée de lumière dans ses notes comme une boule de feu, martelée comme une menace guerrière. Rapide, haletante, volcanique. Médusé et totalement subjugué, tout ouïe, l'auditoire a retenu son souffle jusqu'aux derniers accords. Servie par d'admirables musiciens, de bout en bout, l'incantatoire magie Chopin opère sans coup férir.
Une nouvelle trombe d'applaudissements. Des gerbes de fleurs aux talentueux Piotr Szychowski, transpirant mais heureux, et à maestro Wojcieh Czepiel, qui tirent conjointement la révérence, sourire aux lèvres.

