Felis Mohamed, une des membres du groupe de rap somalien Waayaha Cusub, "Nouvelle Ère en Somalie"./
Par CD copiés et recopiés, à la radio ou via internet, leurs chansons enregistrées dans la capitale kényane trouvent leur chemin jusque dans la Somalie voisine, au plus grand déplaisir des islamistes qui contrôlent la majeure partie de ce pays livré à l'anarchie depuis 1991.
"Nous entendons aujourd'hui ces jeunes hommes et filles nus qui insultent les Moudjahidines et leur culture", s'enflammait en mars le porte-parole des shebab, le principal groupe islamiste. "Où qu'ils se trouvent, ils ne peuvent échapper au long bras des soldats de Dieu", avait alors menacé Sheikh Ali Mohamoud Rage.
Les membres du groupe Waayaha Cusub ("Nouvelle ère" en langue somali) ne se promènent certainement pas nus à Nairobi. Les deux chanteuses, Felis Abdi et Amal Mohamed, 23 et 22 ans, vêtues d'amples robes noires qui tombent au bas des chevilles, posent délicatement le casque sur leur hijab (foulard islamique) marron quand elles enregistrent dans le minuscule studio du groupe.
"Nous sommes de bons musulmans. Nous prions cinq fois par jour, nous allons à la mosquée, nous jeûnons. Mais nous ne volons ni ne tuons", fait valoir le chef du groupe, Shino Abdullahi, 27 ans, en référence aux exactions dont il accuse les shebab. Ces combattants islamistes imposent en Somalie leur version radicale de l'islam, à coups d'interdits vestimentaires et de mutilations publiques.
Réfugiés au Kenya depuis leur plus jeune âge, les musiciens de Waayaha Cusab espèrent pouvoir contrer l'influence islamiste et faire passer aux jeunes de leur pays natal des messages humanistes à travers la musique.
Ce groupe d'une dizaine de membres est né en 2004, faisant vite sensation en s'en prenant aux chefs de guerre somaliens et en faisant danser les jeunes filles sur scène. Depuis quelques mois, les musiciens ciblent leurs attaques contre les shebab, à qui ils ont consacré six chansons et un vidéo clip.
"Vous êtes des adeptes de satan, vous ne savez pas ce qu'est la charia, ni même les cinq piliers de l'islam", dénonce leur chanson "Terroristes".
Les musiciens invitent leurs fans en Somalie à recopier leurs CD et à les distribuer. "Certains écoutent notre musique sur YouTube, d'autres la téléchargent discrètement sur leur téléphone portable", assure Shino Abdullahi.
Mais la chose est périlleuse, surtout depuis que les islamistes ont interdit toute musique sur les radios de Mogadiscio en avril. "Mon frère m'a envoyé depuis Nairobi un lecteur de CD et deux albums de Waayaha Cusub, mais je ne peux pas m'en servir en public, s'ils vous voient avec un tel objet ils vous punissent", explique Udbi Hassan, 21 ans, étudiante dans la capitale somalienne.
Shino Abdullahi a déjà été blessé par balles à la hanche par un inconnu entré de nuit chez lui en novembre 2007. Une précédente chanteuse a été agressée à coups de couteau au visage, et a depuis quitté le groupe.
Pour des raisons de sécurité, le groupe ne fait plus que de brèves incursions dans son local d'Eastleigh, le quartier somalien de Nairobi. Il donne ses rendez-vous ailleurs en ville, et à chaque voiture qui s'arrête, un musicien jette un coup d'oeil par la fenêtre pour s'assurer de l'identité des passagers.
Mais M. Abdullahi assure que ses amis et lui "rient beaucoup en lisant les innombrables menaces qu'ils reçoivent sur leurs téléphones portables". "Nous sommes fiers de montrer que les shebab ne sont pas intouchables, qu'on peut les critiquer et rester en vie", assure-t-il avec un sourire tranquille.
Par CD copiés et recopiés, à la radio ou via internet, leurs chansons enregistrées dans la capitale kényane trouvent leur chemin jusque dans la Somalie voisine, au plus grand déplaisir des islamistes qui contrôlent la majeure partie de ce pays livré à l'anarchie depuis 1991.
"Nous entendons aujourd'hui ces jeunes hommes et filles nus qui insultent les Moudjahidines et leur culture", s'enflammait en mars le porte-parole des shebab, le principal groupe islamiste. "Où qu'ils se trouvent, ils ne peuvent échapper au long bras des soldats de Dieu", avait alors menacé Sheikh Ali Mohamoud Rage.
Les membres du groupe Waayaha Cusub ("Nouvelle ère" en langue somali) ne se promènent certainement pas nus à Nairobi. Les deux chanteuses,...


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