« Cinq mille mètres carrés, c'est plus que les Galeries nationales du Grand Palais, plus que les surfaces d'expositions temporaires du Louvre ou du Centre Pompidou », indique-t-il en faisant visiter à l'AFP l'exposition en cours d'installation.
À la tête de ce qu'il appelle « une chimère » dans la mesure où le Centre Pompidou-Metz n'est ni un centre d'art dévolu seulement à des expositions temporaires ni un musée dans la mesure où il ne possède pas de collections permanentes, Laurent Le Bon a entrepris de faire rêver le visiteur. Et de le faire réfléchir.
Dans le titre de l'exposition, « Chefs-d'œuvre ? », le plus important « c'est le point d'interrogation », relève M. Le Bon.
À un moment du parcours, le public va passer sous un grand miroir. « Ce sera l'une des réponses. Ce qui fait un chef-d'œuvre, c'est le visiteur », poursuit le conservateur en citant la phrase de Marcel Duchamp : « Ce sont les regardeurs qui font le tableau. »
L'exposition ouvre sur un grand collage de Matisse, La tristesse du roi (1952), que le Centre Pompidou a accepté de prêter en dépit de sa fragilité.
Dans la grande nef, un parcours chronologique retrace l'évolution de la notion de chef-d'œuvre au fil des siècles. Un terme apparu au XIIIe siècle en France : les artisans devaient réaliser un chef-d'œuvre pour devenir maître dans leur corporation.
Le visiteur va cheminer dans une série de salles de structure alvéolaire, en référence à la charpente du bâtiment. Plusieurs grands musées ont prêté des œuvres pour cette partie historique, notamment Le Louvre avec le peintre lorrain Georges de La Tour.
« La hauteur de la nef permet de présenter des pièces qu'on ne voit jamais », souligne M. Le Bon en désignant Portugal (1937) de Sonia Delaunay, une œuvre haute de sept mètres.
Trois Bleu (1961) de Joan Miro, fraîchement restaurés, couronnent cette partie de l'exposition.
Autre choc esthétique, la découverte d'un « musée rêvé » dans l'une des trois galeries. Une parade de chefs-d'œuvre du XXe siècle sur un très long mur : Braque, Malevitch, Chagall, Léger, Brancusi, Bellmer, Kandinsky, Picasso, Max Ernst, Pollock, Giacometti, Dubuffet.
Ailleurs, le public pourra voir, en ordre serré, des œuvres considérées comme des chefs-d'œuvre après la Libération, mais à présent dans les réserves. « On a oublié que Séraphine de Senlis était une star du musée d'art moderne » à une époque, relève M. Le Bon. « Rien n'est moins éternel que la notion de chef-d'œuvre », souligne-t-il.
Même si toutes ces œuvres finissent par lui donner un peu le tournis, le visiteur ne devra pas oublier de monter jusqu'à la galerie la plus haute. Sa baie donne sur la cathédrale de Metz. Par un effet d'optique surprenant, plus on s'approche des vitres, plus la cathédrale paraît petite.
« C'est un peu l'allégorie de l'exposition, plus vous allez vers l'œuvre, plus elle vous échappe », souligne Laurent Le Bon.


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine