Betty Taoutel Sfeir : Ce « Beyt » évoque l’histoire de nombreuses familles beyrouthines. Photo Michel Sayegh.
Betty Taoutel Sfeir est une maman, à la maison comme sur les planches. Elle s'occupe de ses acteurs qu'elle accompagne depuis quelques années déjà. Elle dialogue avec eux, les voit grandir, s'épanouir. Elle est aussi une citoyenne qui vit les problèmes de son Liban qu'elle a su retransmettre dans le texte d'Oussama el-Aref en 2009 ( Iyyem Bteswa Franco) et actuellement de son Beyrouth qu'elle illustre dans Ekher Beyt Bel Gemmayzé.
Dans ce dernier-né théâtral qu'elle a mis en scène et produit avec Urban Art, Betty Taoutel Sfeir aborde les problèmes de l'infiniment petit et ceux de l'infiniment grand. C'est à travers les fenêtres d'une maison (la dernière survivante d'un « urbanicide » ou massacre urbain) qu'elle observe à la loupe les ennuis - principalement d'argent - d'une grande famille. Trois générations vont se déchirer, s'aimer, se retrouver dans ce quartier où souffle un air de départs et d'adieu. Dans ce « Beyt ».
Une pièce reconstruite
Betty Taoutel Sfeir avoue avoir nourri ce projet depuis plus de deux ans. « Mais je l'ai laissé en veilleuse à cause d'autres engagements. Ce n'est que récemment que j'y suis retournée. Je ne peux m'empêcher d'observer d'ailleurs que le sujet est toujours d'actualité. » Et d'ajouter : « Je n'ai effectué des changements qu'au niveau des personnages, car j'ai dû faire des remplacements, certains acteurs n'étant plus disponibles. Quant au texte, il est resté le même. »
« La pièce rappelle certes l'atmosphère de La Cerisaie de Tchekhov, poursuit la réalisatrice, mais elle s'est aussi nourrie de tous les témoignages de personnes qui ont vécu cette situation et m'ont apporté un grand appui, et de l'expérience d'architecte de mon mari qui est peiné à chaque fois qu'une maison tombe sous les coups de pelleteuses. » En effet, Gemmayzé est un sujet brûlant qui symbolise ce bouleversement de nos habitudes et de notre vécu libanais, qui a pris naissance dans chaque maison beyrouthine pour se reconstruire au Monnot.
Un théâtre tragi-comique dont l'action se passe à l'intérieur, mais qui ouvre différentes lucarnes vers l'extérieur et le rêve. Douze personnages sur scène : les anciens et les inconditionnels de Betty Taoutel Sfeir, notamment Josyane Boulos, Wadih Aftimos et Rosine Saad, mais aussi les nouveaux venus comme Lama Maraashly, qui feront rire et pleurer à la fois tout en faisant vivre des moments inoubliables.


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