Un tableau de la nouvelle série.
Deux décennies que Jean-Marc Nahas pourfend la toile, le papier, les lattes de bois ou tout autre support, à coups de tracés vifs, nerveux, puissants, pour en faire ressortir des visages et des silhouettes d'une bouleversante humanité. Des figures anonymes d'hommes, de femmes, de... loups, de charognards et d'enfants, qu'il enferme dans des cases rectangulaires juxtaposées, comme autant de lucarnes sur leur quotidien de personnages en situation.
Des personnages qui donnent au spectateur l'impression non pas de les contempler, mais de les croiser. Et dont les intenses regards anxieux et l'érotisme violent, qu'ils projettent parfois, renvoient inévitablement au désarroi contemporain. Celui d'une société marquée par l'instabilité, les bouleversements et la violence vécue.
« Nous sommes une génération de gens maudits », clame d'ailleurs cet artiste à la sensibilité à vif qui éprouve, dit-il, « le besoin de parler des choses que j'ai vécues, comme beaucoup d'autres, durant la guerre, mais qui m'ont personnellement beaucoup affecté ».
Ce cauchemar de la guerre, qui hante encore et toujours l'ex-petit garçon hyperactif qu'était Jean-Marc Nahas, inspire donc inlassablement l'artiste qu'il est devenu aujourd'hui. Un artiste qui, en quelques traits jetés sur le papier ou la toile, refait surgir de la mémoire collective ces combattants aux barbes christiques ou portraiture, dans un registre plus énigmatique, des petites filles aux regards chargés de mystères.
Un artiste qui sait merveilleusement allier l'intensité dramatique à l'ironie, voire la caricature, dans ses dessins. Et qui surtout vient de signer une magnifique série d'encres et d'acryliques sur papier ou sur grands panneaux, au ton plus léger. Entre réalité et fantasmagorie, ce dessinateur chevronné élabore des fresques orientalisantes où se croisent et s'entrecroisent des personnages folkloriques libanais et des figures typiques orientales ou asiatiques ; des silhouettes et des visages actuels avec d'autres qui pourraient illustrer des livres d'histoire; sans oublier les signes, symboles et motifs qui les cernent ou les composent...
Dans ces compositions, tout à la fois labyrinthiques et d'un équilibre quasi parfait, évolue l'ensemble des créatures qui peuplent l'imaginaire de Jean-Marc Nahas. Celles-là mêmes qui logeaient déjà à l'intérieur de son crâne d'adolescent hyperactif, qui trouvait dans le seul dessin sa planche de salut. Des scènes et des thèmes auxquels l'artiste, aujourd'hui en apparence plus apaisé, a eu envie de revenir, « comme on revient aux sources après s'être formé et avoir été éduqué ailleurs » et qui, nonobstant ses fameux chiens aux crocs menaçants, dévoilent un univers plus allègre formant son pays des merveilles à lui !
* Tabaris, rue du Liban (Zaroub el-Haramieh), imm. Mehanna, 2e étage. Tél. : 03/608528.

