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Culture - Ces Libanais D’Ailleurs - Rencontre

Roger Hélou, le tango dans l’âme

Roger Hélou, pianiste, arrangeur et fondateur de l’orchestre Silencio. (DR)

Il a fait l'impossible pour prendre l'avion, avec ses musiciens, à destination du Liban. Envers et contre toutes les menaces de fermeture du ciel pour cause de nuage volcanique. Car pour Roger Hélou, à la tête de l'orchestre Silencio, il s'agissait non seulement d'honorer un engagement professionnel en se produisant au Festival du tango de Beyrouth*, mais surtout de retrouver, avec bonheur, la terre de ses ancêtres. Et ses nombreux cousins.

Né il y a un peu plus d'une trentaine d'années à Buenos Aires, Roger Hélou a, comme son nom l'indique, des origines libanaises.
Ce musicien, pianiste, arrangeur et fondateur de la désormais renommée formation de tango Silencio est le descendant d'émigrés libanais en Argentine. «Mes grands-parents, originaires de Tripoli, ont quitté le Liban en 1949 avec leurs sept enfants. C'est ainsi que mon père est arrivé enfant en Argentine, raconte-t-il. Ma mère, quant à elle, est d'origine allemande. Je n'ai donc pas été élevé dans un milieu typiquement argentin.»
Du côté de sa famille paternelle, Roger Hélou va hériter de la langue... française, plutôt que l'arabe. « Une langue que j'aurais pourtant aimé apprendre», regrette-t-il, et dont il ne possède que des rudiments. «Quelques mots et expressions, surtout entendus de la bouche de ma grand-mère qui (en bonne libanaise!) émaillait ses conversations en français de termes arabes», signale le jeune homme aux cheveux longs tirés en catogan.
Il a aussi grandi avec, en tête, une «image merveilleuse» du pays du Cèdre. Image positive qu'est venue renforcer sa première rencontre avec le Liban il y a dix ans, durant les vacances d'été. «J'ai été émerveillé par trois choses: la chaleur du contact humain, la nourriture et la nature. En particulier, cette proximité entre la montagne et la mer», signale, admiratif, cet enfant de la pampa.
C'est donc avec enthousiasme que, sollicité pour faire l'ouverture du premier Festival du tango de Beyrouth, Roger Hélou y retourne en 2009. Et c'est avec tout autant de bonheur qu'il répond par l'affirmative à la proposition des organisateurs de rééditer l'expérience en avril 2010, pour la deuxième édition de ce
festival.
Les fermetures d'aéroports ayant retardé l'arrivée des cinq couples de danseurs internationaux qui devaient se produire au cours du concert-spectacle d'ouverture, celui-ci est annulé. Mais pour Roger Hélou, qui avait fait «tous les efforts possibles» pour venir avec ses musiciens, le rendez-vous avec les amateurs libanais de tango aura quand même lieu, puisqu'il animera avec son orchestre deux des soirées de milongas prévues.

De l'orgue au bandonéon
Passionné par la musique et la danse tango depuis l'âge de 18 ans, ce pianiste classique - depuis l'âge de dix ans - s'était pourtant, au départ, destiné à... l'orgue liturgique. Qu'il ira étudier, à la fin des années quatre-vingt-dix, au Conservatoire de Basel, en Suisse, avant d'être rattrapé par l'envoûtant attrait du tango.
«En parallèle à mes études au conservatoire, j'ai fondé, en 2001, avec trois collègues, un quartette de tango qui se produisait dans de petites salles, des clubs, des milongas, ces bals spécifiques au tango qui commençaient à être en vogue partout en Europe.» Le succès de ce petit orchestre, déjà baptisé Silencio - du nom d'un titre de Gardel -, est tout de suite au rendez-vous. Mais Roger Hélou mettra trois ans avant d'abandonner totalement les musiques liturgiques des grandes orgues pour les airs sensuels des bandonéons!
«Le tango est une musique mystérieuse, qui intéresse les musiciens classiques par ces mélanges bizarres qui la composent: musiques populaires écrites, compositions classiques et improvisation», indique le jeune homme. Qui rappelle qu'«il y a, tout à la fois, du folklore argentin, un peu de musique afro, la tradition du chant apportée par les émigrés italiens, le bandonéon, instrument aujourd'hui assimilé au tango, qui est à l'origine un instrument utilisé dans les chorales des églises en Allemagne et que les émigrés allemands ont introduit en Argentine.»
Roger Hélou va s'y initier progressivement. «D'abord en imitant la musique de Piazzolla, qui est la plus proche des musiques classiques, puis en approfondissant les airs les plus anciens. Ceux des orchestres typiques des années quarante, l'époque d'or du tango, les plus propices à la danse», indique-t-il. C'est cette musique qu'il privilégie aujourd'hui dans le répertoire de Silencio. Du quartette des débuts, cette formation s'est élargie à une dizaine de membres pour former ce qu'on appelle un orchestre typique traditionnel de tango. Composé de musiciens argentins, suisses, uruguayens, italiens et américains, cet orchestre est désormais inscrit aux plus prestigieux festivals de tango. À son actif également trois CD, dont le dernier, intitulé En Las Almas (Dans l'âme), est déjà plébiscité par les aficionados libanais. Pour le plus grand bonheur de Roger Hélou, libanais de sang et tango dans l'âme!

* Qui s'est déroulé la semaine dernière malgré une soirée d'ouverture annulée pour cause de retard d'arrivée des danseurs.
Il a fait l'impossible pour prendre l'avion, avec ses musiciens, à destination du Liban. Envers et contre toutes les menaces de fermeture du ciel pour cause de nuage volcanique. Car pour Roger Hélou, à la tête de l'orchestre Silencio, il s'agissait non seulement d'honorer un engagement professionnel en se produisant au Festival du tango de Beyrouth*, mais surtout de retrouver, avec bonheur, la terre de ses ancêtres. Et ses nombreux cousins. Né il y a un peu plus d'une trentaine d'années à Buenos Aires, Roger Hélou a, comme son nom l'indique, des origines libanaises. Ce musicien, pianiste, arrangeur et fondateur de la désormais renommée formation de tango Silencio est le descendant d'émigrés libanais en Argentine. «Mes grands-parents,...
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