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Culture - Danse

Six danseurs pour un brillant exercice de style

Un sextuor de danseurs (trois garçons, trois filles) pour un regard aigu et interrogateur sur la société. Entre besoin de dépassement et contestation de la performance absolue. La troupe suisse Cie-Linga, avec son curieux titre de spectacle « No-Thing », propose un brillant exercice de style décalé, sur les planches du théâtre al-Madina, dans le cadre du Festival Bipod qui se tient jusqu'à demain.

Une scène totalement dépouillée. Un jeune homme, jeans noir moulant et torse nu, agité et tendu, se vautre au sol dans la pénombre. La flaque de lumière grandit graduellement et le jeune homme finit par abandonner ses troublantes contorsions et se redresse lentement, offrant thorax, jambes et mains aux pirouettes les plus acrobatiques. Rapidement, les autres membres de la troupe le rejoignent. Jaquettes et pantalons de ville, de couleur sombre, pour le clan des hommes, jupettes et blouses décontractées pour le trio des filles.
Debout, presque électrisés, regards dardés vers le corps de l'autre, les danseurs se toisent. Comme pour un combat. Ou un ébat non dépourvu de tendresse.
Et s'enclenche, presque avec violence, mais précision extrême et souplesse à couper le souffle, ce ballet moderne, aux évolutions et circonvolutions bizarres, abruptes, tendres, orchestré avec brio et un panache ébouriffé et ébouriffant.
Sur une chorégraphie signée Kataryna Gdnaiec et Marco Cantalupo, ce spectacle fouille les strates de la société à travers mouvements, approche corporelle massive, puissante et contrastes.
Certainement, la dénomination de néant, de négation, de vide, d'absence, de ce «Nothing» (rien ), de ce No. Thing, codé ici sur un tempo de langage électronique, n'est pas un effet du hasard. Une dénomination résolument moderne, à la fausse innocence, pour cerner ce spectacle où entre chaises et attouchements, entre geste brutal ou arrondi, le corps révèle son endurance, ses limites, ses défaillances, sa mécanique faillible, ses élans, ses (in)capacités, ses obsessions, ses états de maladie, ses paralysies, son besoin à guérir, sa nature à affronter.
Muscles tendus, membres désarticulés, attitudes faussement nonchalantes, pieds délibérément tordus, fesses rebondies, genoux pliés, ventre offert, doigts crispés ou étalés, il y a là presque une panoplie de la souffrance humaine dans ses états de «perclusion», mais aussi sa volonté de dépassement. De performance, bien entendu, si l'on veut rester dans le cercle du métier. Celui de danser. C'est-à-dire exprimer par la gestuelle du corps les émotions qui habitent et animent les êtres.
Un des plus beaux moments de ce spectacle prenant, malgré l'abstraction de l'énoncé, où le visuel et l'auditif se rejoignent et s'imbriquent, c'est ce passage des chaises... Non pas celui de Ionesco (car on est dans un espace de l'absurde) dont les chaises envahissent la scène comme eau de fontaine, mais ces cinq chaises (oui, toujours un manque pour cette troupe homogène de six personnes) qui permettent un singulier numéro, riche en attitudes audacieuses, à l'équilibre délicat, fragile, périlleux. Notamment celui d'un couple où la parité homme/femme redessine, en position inconfortable peut-être, les gestes de l'érotisme et de l'amour. Mais les fringales du sexe ignorent les contraintes du temps, de l'espace et du cadre convenable...
À noter aussi la musique qui oscille entre bruitage, essoufflement et souffle des danseurs, exténués parfois, et certains rythmes modernes sur fond d'un éclairage contrasté entre rouge vif et points bleus pour des évasions à brides abattues.
Une scène totalement dépouillée. Un jeune homme, jeans noir moulant et torse nu, agité et tendu, se vautre au sol dans la pénombre. La flaque de lumière grandit graduellement et le jeune homme finit par abandonner ses troublantes contorsions et se redresse lentement, offrant thorax, jambes et mains aux pirouettes les plus acrobatiques. Rapidement, les autres membres de la troupe le rejoignent. Jaquettes et pantalons de ville, de couleur sombre, pour le clan des hommes, jupettes et blouses décontractées pour le trio des filles.Debout, presque électrisés, regards dardés vers le corps de l'autre, les danseurs se toisent. Comme pour un combat. Ou un ébat non dépourvu de tendresse.Et s'enclenche, presque avec violence, mais précision...
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