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Culture - Exposition

Partition d’une peinture printanière de Lotti Adaimi

Sous le label « Les mélodies du printemps », Lotti Adaimi, dont le parcours artistique pluridisciplinaire n'est plus à vanter, expose une quarantaine de toiles aux formats moyens aux cimaises du centre d'art du Haïgazian College à Kantari. Regard sur un monde pictural enchanté et enchanteur.

Des colombes dans un cercle.(Michel Sayegh)

En effet, fioritures, couleurs et motifs printaniers explosent dans cette œuvre foisonnante. Foisonnante d'une vie empruntant avec éclat et personnalité des objets, non sans beaucoup de tendresse, des parfums, des arabesques, des courbes, des contes, des couleurs, des lignes et des tracés d'un Levant à la fois mythique et imaginaire.
Avec liberté, fantaisie et un sens hardi de la création, voilà une production picturale qui revisite l'Orient par une artiste allemande, touche-à-tout merveilleuse jusqu'à l'érudition, installée au Liban depuis 1963 et qui a parfaitement assimilé sa lumière, ses orages, ses odeurs de thym et de romarin, ses embellies, son histoire, ses dires, son passé et son ciel. Un vrai bonheur contagieux que ce pinceau vibrant d'amitié, d'amour, d'élégance, d'énergie et d'une beauté plastique qui frise la virtuosité.
Lotti Adaimi a la faculté de donner un cours magistral en langue allemande, tout comme le pouvoir de tirer un coup d'archet sur son violon ou de diriger un orchestre de chambre (passant en toute aisance du baroque le plus suave au contemporain le plus strident) sans sourciller. Un côté Colette aussi à souligner avec sa collection d'animaux et de plantes à qui elle prodigue, en tout sourcilleux besoin et tendresse d'une Sido, réconfort et attention.
Avec cela, la peinture, quête d'un monde-refuge aux tours sécurisantes et aux jardins exubérants dans leur austère géométrie, a une place privilégiée dans ses multiples préoccupations, tout en n'oubliant pas sa passion de pédagogue et son talent de passeuse de la littérature allemande.
Farandole vertigineuse d'une palette qui ne laisse rien au hasard et qui combine avec une discrète dextérité toutes les tonalités et les nuances de l'arc-en-ciel. Dans une formulation qui sort des chemins battus, attachante et tout en légèreté, sans pour autant céder aux facilités ou mièvreries décoratives. Avec précision, minutie et un remarquable sens du détail et de la synthèse. Sans jamais bouder non plus sensibilité frémissante et poésie de
l'enfance.
Comme une mosaïque bien enserrée dans ses mailles, ces toiles aux mouvements rythmés comme une partition de musique (la correspondance des insaisissables pâtes au chevalet et de la volatilité des notes est évidente) reproduisent un monde fait d'images mobiles, fuyantes comme du mercure, qui jaillissent en toute spontanéité des motifs et des couleurs récurrents.
Une partition adroitement orchestrée est cette peinture qui mêle en toute subtilité la souplesse des mixed-medias aux fluides les plus divers, allant de la poudre - ou feuille - d'or aux encres de Chine, en passant par l'aquarelle, les gouaches et les temperas.
Un bout de tapis persan, un morceau de tissage ramagé, une parcelle d'un plateau en cuivre martelé, agrandis comme un fragment à la loupe, une ornementation d'un vase «Kutahia», des assemblages de figures semi-abstraites, des colombes dans un cercle, un papillon prisonnier d'un parterre fleuri, des pâquerettes dans un carré, des coquelicots sur fond rectangulaire, des sapins ou des tours alignés comme une armée au repos, en vagues horizontales ou verticales, des pans d'univers que sépare un soleil ou une lune (charmante évocation de l'attraction et de la complémentarité de la parité masculin/ féminin), maisonnettes aux toits pointus ou rideaux de pins noirs, voilà l'amalgame de ces sonatines printanières amoureusement couchées sur des espaces soigneusement remplis. Avec labeur, sagacité et un art consommé de l'architecture.
À certains moments, on hésite à parler des forêts profondes germaniques ou de ces paysages du Chouf qui hantent la grande «frau» d'une peinture qui ose toutes les conciliations. Comme pour la vision d'un monde à la fois quelque peu naïf et onirique dont les racines sont de toute évidence levantines, mais avec une perception européenne.
«Dans ce grand désordre clair» (pour reprendre l'heureuse formule de Schéhadé), il y a là une bonne part de nostalgie. Cette nostalgie d'un monde qui dépasse l'être et que les vivants nomment obscurément la part du sacré, comme pour conjurer l'indicible ou tout ce qui est éphémère.
En effet, fioritures, couleurs et motifs printaniers explosent dans cette œuvre foisonnante. Foisonnante d'une vie empruntant avec éclat et personnalité des objets, non sans beaucoup de tendresse, des parfums, des arabesques, des courbes, des contes, des couleurs, des lignes et des tracés d'un Levant à la fois mythique et imaginaire.Avec liberté, fantaisie et un sens hardi de la création, voilà une production picturale qui revisite l'Orient par une artiste allemande, touche-à-tout merveilleuse jusqu'à l'érudition, installée au Liban depuis 1963 et qui a parfaitement assimilé sa lumière, ses orages, ses odeurs de thym et de romarin, ses embellies, son histoire, ses dires, son passé et son ciel. Un vrai bonheur contagieux que ce pinceau...
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