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Culture - Spectacle

Théâtralisation des toiles de Paul Guiragossian

Paul Guiragossian et Roger Assaf sur les planches ! Un peintre et un metteur en scène, tous deux connus, appréciés et aimés du public, se retrouvent face à face sous la flaque de lumière du théâtre Tournesol (rond-point Tayyouneh). Le temps d'une réflexion sur la fraternité et la férocité humaine, l'insondable de l'art et surtout le drame de vivre.

Le face-à-face du peintre et de l’acteur. (Hassan Assal)

Des toiles et des mots en langue arabe pour le parcours exceptionnel de Paul Guiragossian (1927-1993) porté par une déchirante tranche d'histoire aux turbulences se reflétant entre deux villes, Jérusalem et Beyrouth. Villes aux miroirs multiples, reflétant aussi les couleurs, les sons, toutes les ondes de la vie.
Cela donne Madinat al-Maraya (La ville aux miroirs), une pièce monologue, signée Roger Assaf, à la fois metteur en scène, auteur du texte et principal interprète d'un vibrant hommage à Paul Guiragossian, une des plus étourdissantes figures de proue de la peinture libanaise.
Mais aussi témoignage et prétexte à réflexion d'une vie marquée, certes, par la création artistique, mais aussi et surtout par la mort, le deuil, les revers de fortune, l'adversité et l'exode.
Sur une scène absolument nue, avec au fond trois écrans où seront projetées, en toute originalité et astuce, les toiles du peintre, Roger Assaf, alias Paul Guiragossian, soliloque avec une pierre comme Hamlet interroge ce crâne hideux. Une pierre jumelle à celles qui volent en projectiles dans les
«intifada».
Et s'enclenche le discours sur l'errance et la perdition de l'être, ainsi que se profile la force de ce fameux et illustre «To be or not to be». Et l'on remonte aux horreurs du génocide de l'année 1915 où les Arméniens sont arbitrairement jetés sur les routes du déracinement, du désespoir et de la mort.
Un violoniste, le père du futur peintre, torturé et maltraité, est frappé de cécité dans ce cortège de la honte et de l'injustice.
Il échoue, diminué et handicapé, à Jérusalem où son violon, véritable boîte de l'errance, offre sa magie, sa joie et ses larmes dans les églises, les mariages, les événements qui ponctuent le flot des jours.
Et c'est là, dans cet univers instable de la ville de Shalom et de Salam, que grandit Paul en croquant les scènes pittoresques avant d'assister à une nouvelle débâcle, celle des Palestiniens. Une nouvelle fuite et voilà celui qui posait pour son autoportrait chemise ouverte, moustache frémissante, regard vif et cheveux noirs moutonnant, confronté à de nouveaux drames, de nouveaux heurts, de nouvelles scènes sanglantes, de nouvelles convoitises, de nouvelles luttes fratricides.
Paul Guiragossian, peintre de l'humanité pauvre, s'installe à Beyrouth et ses toiles lumineuses prennent d'assaut les murs des salons et des demeures libanaises. Et ce rayonnement va même au-delà des frontières du pays du Cèdre.
De la maternité aux cohortes de personnages en silhouettes fines et tracées d'un trait, le peintre du dénuement offre la danse des couleurs et la pureté des lignes pour consoler les cœurs meurtris. Derrière ces images splendides et radieuses, la force, le talent, le don et le labeur pour s'opposer à l'innommable. À tout ce qui tire l'être vers l'ignominie, l'abject, le bas, la destruction.
Roger Assaf, s'il transforme à bon escient ses écrans de la scène en cimaises de galeries (tout en sachant parfaitement qu'on n'a pas besoin de revoir les toiles de Guiragossian pour les aimer, pour la simple raison qu'elles sont omniprésentes dans le cœur et l'esprit de chaque Libanais) n'en cite pas moins des textes révoltants et scandaleux sur les horreurs humaines. Des textes des faussaires et des lugubres clowns de l'histoire qui justifient massacres, appropriation, spoliation et domination.
Aquarelles, huiles, encre de Chine, les œuvres de Guiragossian ont la simplicité et la puissance de témoigner des souffrances humaines, mais aussi du don de consolation que Dieu accorde aux mortels. Comme un moment de répit par un temps de rageuse tempête...
Avec des mots simples, une présence scénique tout en tonalités justes et dépouillées, sans pathos appuyé ou effets grandiloquents, sans compassion inutile ou parti pris tendancieux, Roger Assaf montre la racine du mal et l'abominable noirceur de l'âme humaine tout en donnant à la lumière sa part de salut et de transcendance.
Qui ne connaît pas le drame de Paul Guiragossian, avec sa jambe amputée à cause d'un accident pour une histoire d'électricité, qui revient quand un pied est coincé dans la porte défoncée d'un ascenseur? Des estropiés, bien avant cet accident, il y en avait déjà dans les personnages des toiles de Guiragossian! Pressentiment, prémonition, fatalité?
 En baisser de rideau, cette toile en noir et blanc sur l'écran avec cet homme enlaçant sa canne sur sa chaise roulante laisse le spectateur cœur serré et bouche bée.
Avec Roger Assaf, mise en scène et jeu d'acteurs s'emboîtent sans jamais grincer. Voilà du théâtre sérieux sans un seul moment d'ennui. 
Des toiles et des mots en langue arabe pour le parcours exceptionnel de Paul Guiragossian (1927-1993) porté par une déchirante tranche d'histoire aux turbulences se reflétant entre deux villes, Jérusalem et Beyrouth. Villes aux miroirs multiples, reflétant aussi les couleurs, les sons, toutes les ondes de la vie. Cela donne Madinat al-Maraya (La ville aux miroirs), une pièce monologue, signée Roger Assaf, à la fois metteur en scène, auteur du texte et principal interprète d'un vibrant hommage à Paul Guiragossian, une des plus étourdissantes figures de proue de la peinture libanaise. Mais aussi témoignage et prétexte à réflexion d'une vie marquée, certes, par la création artistique, mais aussi et surtout par la...
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