Sans doute à la surprise des aounistes puisqu'en privé, ils jugent exagérée l'attaque de Wahhab. Tout comme d'ailleurs les milieux proches du président Nabih Berry. Ces deux formations opposantes, bien placées pour savoir ce que télécommande veut dire, prennent garde cependant à ne pas commenter négativement, sur la scène publique, les propos du héraut de qui l'on sait. Encore que le chef du Législatif ait, sur un autre sujet, pris la défense du chef de l'État. En précisant que ce n'est pas le président Sleiman qui a fait rayer la mention relative à la Résistance dans le communiqué du comité de dialogue, mais les représentants du 14 Mars.
Pour ce qui est de Wahhab, il ne fait que relancer les anciennes propositions, avancées lors de la conférence de Doha, consacrée au traitement de la crise de la présidentielle, d'une présidence transitoire de deux ans, assurée par un homme de consensus et suivie par le sexennat d'un homme fort. L'ancien ministre y a certainement songé, puisqu'il relève que nous ne sommes plus qu'à dix jours de la fin de la deuxième année du présent mandat. Il est soutenu, dans sa campagne, par nombre de cadres locaux proches de la Syrie. Mais la majorité des opposants observent sans rien dire. En se contentant de relever qu'en démocratie, chacun a le droit de dire ce qu'il pense, tout comme Wahhab le fait. Certains de ces opposants indiquent que la bataille menée par les radicaux prosyriens pour affaiblir l'État libanais est loin de déplaire aux anciens tuteurs.
D'autant que les coups sont portés dans six directions à la fois. En visant les piliers de l'État de droit, ainsi que ses théoriciens-militants. Il s'agit, comme on sait, de la présidence de la République, de la présidence du Conseil, des Forces de sécurité intérieure, de leur Direction générale, de l'ancien président du Conseil Fouad Siniora et de Samir Geagea, leader des FL. Le but de la campagne est d'amener les officiels à plier, à redevenir dociles comme du temps de la tutelle. Tandis que les activistes de la révolution du Cèdre se retrouveraient marginalisés, remis sur la touche, également comme par le passé.
Prudence
Les rapports de force sont tels, et la situation si délicate, que les officiels n'ont pas du tout la possibilité de répondre aux coups par des coups. Tout en certifiant, avec un certain courage, leur attachement aux constantes nationales, au projet d'État libre, souverain, indépendant, force leur est de répéter en chœur combien ils tiennent à de bonnes relations avec la Syrie.
Mais ils savent qu'ils sont placés sous surveillance. Parce que Damas, qui ne cesse de lorgner du côté du Tribunal international, sa bête noire, redoute que le pouvoir libanais ne soit utilisé contre lui par les États-Unis ou même par les Arabes modérés, Saoudiens compris.
Pour tout dire, la liberté de mouvement et le sens de la responsabilité dont fait montre le régime inquiètent et indisposent les prosyriens radicaux. Ils l'attaquent donc frontalement, en l'accusant de servir les desseins du 14 Mars et du projet américain. Sans cacher, du reste, que la ligne de modération suivie par la présidence est rejetée par l'ex-tuteur qui souhaite que, dans sa confrontation avec Washington, Baabda se tienne résolument à ses côtés.
À ce propos, les mêmes prosyriens radicaux continuent à critiquer le centrisme que Joumblatt arbore désormais. Ils avouent que si cela avait dépendu d'eux, le leader du PSP n'aurait pas obtenu son laissez-passer pour Damas, malgré sa prestation télévisée sur al-Jazira. Ils sont donc dépités de la couverture que le Hezbollah lui a apportée et qui a suffi pour que les Syriens se décident à l'inviter.
Cet épisode montre d'ailleurs que le Hezbollah peut défendre, sur le plan interne, des calculs propres sans lien direct avec la ligne syrienne.
D'une part, sans doute, en raison de ses attaches iraniennes. Mais d'autre part, et plus sûrement, parce qu'en ce qui concerne la scène intérieure, ses priorités, et ses alliances, passent avant toute considération de coordination avec l'extérieur, quel qu'il soit.
Retour au régime. Le Hezbollah n'est pas mécontent qu'il se trouve attaqué. Parce que les affirmations du chef de l'État rappelant que c'est à l'armée de résister ne lui ont pas plu. D'autant qu'elles sont intervenues comme une réponse au sommet de Damas auquel Nasrallah a été convié par Assad et Ahmadinejad, les combatifs.


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