Tous les caractères dans cette série de masques en cuir. (Michel Sayegh)
C'est donc avec cette souplesse - autant mentale que corporelle - propre aux comédiens de ce théâtre populaire typiquement italien que « maître» Fava - qui s'est exprimé alternativement en français et en anglais - a abordé l'histoire et les principales caractéristiques de la commedia dell'arte.
«Cette expression italienne, devenue définitivement internationale, signifie littéralement théâtre interprété par des gens de l'art, autrement dit par des comédiens
professionnels», a-t-il commencé par indiquer, avant de situer la naissance de ce genre au XVIe siècle. «C'est vers 1530 que la commedia a fait son apparition en tant qu'activité théâtrale non plus uniquement liée à la beauté et l'esthétique, mais s'exerçant contre rémunération. On louait la chaise pour assister au spectacle qui pouvait être donné indifféremment dans une salle ou à l'extérieur. Les compagnies étaient créées par des contrats notariés et, modernité suprême pour l'époque, de l'argent était mis de côté pour les vieux jours des acteurs», révèle Antonio Fava, qui n'oublie pas de signaler que «c'est en 1560, suite à cette professionnalisation, que les femmes ont eu accès au théâtre pour interpréter les rôles féminins qui étaient auparavant tenus par des... hommes».
Canevas souple et multilinguisme
«Le jeu théâtral était organisé entre différents caractères, répartis entre quatre types principaux et portant des masques caricaturaux facilement identifiables: les vieillards (comme Pantalon, le cupide, ou le savant Docteur, un «toutologue»), les valets (les fripons, intrigants et serviles Polichinelle ou Arlequin...), les soldats (les fanfarons et peureux Capitaine ou
Matamore..) et, enfin, les amoureux, qui eux ne portent pas le masque», poursuit Fava, indiquant que «chaque comédien était spécialisé dans un caractère selon ses aptitudes et jouait durant des années le même rôle, qu'il devait enrichir cependant d'improvisations et d'adaptations en fonction des lieux, des publics et des circonstances. D'autant que les textes n'étaient pas écrits, un même canevas pouvant donner lieu à des variétés d'adaptations. Outre le masque sur le visage, le comédien devait faire exister son personnage à travers une série d'attitudes, de mimiques et de gestuelles typiques », signale, avant d'en donner d'hilarants exemples, ce conférencier pas comme les autres.
Ainsi, masque de vieux barbon sur le visage, cou rentré dans les épaules et corps recroquevillé, le voilà qui se glisse dans la peau de Pantalon, figure typique du vieillard enrichi, veuf et cupide, qui espère refaire sa vie avec une jeunesse, mais qui n'en craque pas moins pour une simple pièce de monnaie trouvée par terre!
Puis faisant appel à des volontaires (de doués apprentis comédiens) parmi le public, il exécutera successivement une rencontre de Capitaines, ces faux Matamores aux vaines fanfaronnades et un vaporeux duo d'amoureux qui se cherchent et tombent en pamoison au moindre effleurement!
La commedia de la vie
Masques, improvisation, exagération théâtrale sont donc les principales caractéristiques de la commedia auxquelles il faut ajouter le multilinguisme. «Car, lors de son apparition au XVIe siècle, l'Italie n'étant pas encore unifiée, on y pratiquait une grande variété de langues et de dialectes. Les Vénitiens parlaient le vénitien par exemple, les habitants de Bologne, un dialecte bolonais... Les troupes étant itinérantes, il fallait qu'elles se fassent comprendre de tous les publics, ce qui fait que sur scène, dans une même pièce, chaque personnage parlait dans une langue différente. Mais une langue populaire, parlée et jamais littéraire.»
Si la majorité de ces traits spécifiques à la commedia dell'arte a traversé les siècles, c'est parce que ce théâtre, basé sur des personnages archétypaux, «des morceaux d'humanité», reste d'une intemporalité et d'une actualité étonnantes. D'autant que dans la commedia, «comme dans la vie, la conclusion ne rend pas les uns heureux et les autres malheureux. Elle remet tout simplement les personnages et les situations dans leur ordre naturel...».

