Nasser al-Attiyah, deuxième du général, n’a pas vécu une bonne journée, mais a tout de même limité la casse en perdant moins de deux minutes sur le leader. Natacha Pisarenko/AFP
L'homme paraît sourire tout le temps. Disponible, les pilotes amateurs le consultent inlassablement. « Nasser est très aimable », constate l'attaché de presse de l'écurie, alors que le Qatarien passe vingt minutes à montrer les moindres recoins de sa Volkswagen à une télévision arabe.
« Je ne veux pas que les gens gardent une mauvaise image de moi », répond al-Attiyah quand on l'interroge sur son caractère. Fils du ministre de l'Énergie du Qatar, aîné d'une famille de sept enfants, il se veut un « exemple ».
Mais sa notoriété lui vient d'abord de son coup de volant. Nasser al-Attiyah, 40 ans, conduit depuis l'âge de... 12 ans et sa première « Suzuki trois cylindres ». « Chez nous, il n'y a pas de police. Je faisais ce que je voulais. J'aimais la vitesse. Il n'y avait pas de problème », raconte-t-il.
Son père, pour le forcer à se concentrer sur ses études, lui interdit tout rêve mécanique à l'adolescence. « Je n'ai jamais pensé être avocat ou docteur. Je voulais devenir sportif et faire quelque chose pour mon pays », observe-t-il. Ses démons de jeunesse le reprennent à la majorité.
À 18 ans, il participe à son premier rallye du Qatar. « Mon père m'a dit : "D'accord si tu ne le fais qu'une ou deux fois, et après tu verras" », se souvient-il. Il terminera 2e. Et gagnera les cinq éditions suivantes. Le phénomène est né.
4e aux JO
Il arrête pourtant le rallye en 1995, par manque de reconnaissance, et se lance dans le tir, une discipline qui le mène aux Jeux olympiques d'Atlanta. Porte-drapeau et unique athlète de sa sélection en 1996, il disputera trois autres Jeux, avec comme meilleur résultat une 4e place à Athènes en 2004.
« Le tir et le rallye sont des sports complémentaires. Le tir me demande beaucoup d'attention et de concentration, ce qui me sert en rallye », explique-t-il.
La Fédération automobile qatarienne le persuade de revenir en 2003. Le retour s'avère gagnant. Il engrange les titres au Moyen-Orient de 2003 à 2007. Et devient un héros en son pays. « Il y a un livre sur moi dans les écoles au Qatar. Parfois, les enfants m'appellent et me demandent quelles courses j'ai gagnées, pour leurs devoirs », sourit-il.
Sa légende se poursuit en rallye-raid. Il conclut son premier Dakar en 2004 par un 10e rang final. Suivent deux abandons et une 6e place en 2007. En 2009, il est exclu à la 6e étape d'une épreuve qu'il domine pour avoir manqué plusieurs points de passage.
Mais sa rapidité est démontrée. Volkswagen, écurie-reine en rallye-raid depuis le retrait de Mitsubishi, l'engage. « Il est sacrément rapide », souligne, hilare, son nouveau copilote, l'Allemand Timo Gottschalk.
La rivalité interne avec son coéquipier Carlos Sainz, son « idole » de jeunesse, peut débuter. L'Espagnol le pousse à deux reprises à la faute en 2009. Mais al-Attiyah, dont le « rêve » est de remporter « le Dakar et les JO », est pugnace. « Je suis là pour gagner », prévient-il au départ du Dakar-2010 à Buenos Aires.
Revenu lundi à moins de 9 minutes de Sainz, au terme d'une 9e étape où il a « attaqué comme jamais », al-Attiyah se sait capable d'atteindre l'un de ses objectifs dès cette année. « Je vais le faire », affirme-t-il. Sainz peut trembler.

