De fait, la question des nominations occupait une place importante, hier, dans les déclarations politiques, compte tenu de son urgence. On sait en effet que 47 % des postes administratifs au Liban sont vacants.
Après avoir posé comme critère pour l'appartenance à l'administration « l'allégeance à l'État et le souci du service public », Nagib Mikati, qui s'adressait aux membres d'une association à Tripoli, a appelé de ses vœux « l'apparition d'une nouvelle génération de commis de l'État qui assumerait la responsabilité du progrès et du développement, et proposerait les formules susceptibles d'assurer la souplesse et l'efficacité de l'appareil administratif ».
Mikati a critiqué de récentes nominations qui, selon lui, reflètent « le partage d'influence, le suivisme, l'incompétence et le manque d'expérience ». L'ancien chef de gouvernement a affirmé craindre que « les prochaines nominations administratives et sécuritaires » ne soient marquées des mêmes travers, si un accord sur la définition d'une nouvelle fonction publique n'est pas trouvé, loin du trafic d'influence des prébendes, de la corruption, de l'enrichissement illicite, sans parler du devoir d'allégeance envers les bienfaiteurs à qui l'on doit son poste ».
Mikati a conclu qu'il est favorable au respect du principe de la parité entre chrétiens et musulmans au sein des poste de la première catégorie, estimant qu'il existe assez de compétences au sein de chaque confession pour ne pas avoir à choisir « les médiocres et des corrompus ».
Conciliation possible
La possibilité de concilier les deux principes de la compétence et de la répartition confessionnelle des postes de la première catégorie revient en fait dans plusieurs déclarations. Toutefois, il existe un flottement au sujet du « clientélisme », que certains identifient au principe de la répartition confessionnelle.
« C'est inévitable, le Liban est ainsi fait », estime le député Ammar Houri (Futur), qui se dit pourtant hostile au marchandage entre les divers pôles politiques, qui négocieraient les nominations l'une en échange de l'autre.
Par ailleurs, M. Houri s'est opposé à la proposition faite par M. Nabih Berry, qui a demandé la formation d'une commission de juges susceptible de filtrer les demandes de nominations et d'en dégager le meilleur.
« Cette proposition est de nature à embarrasser la magistrature ; cette tâche n'est pas de sa compétence et, du reste, la proposition est contraire au principe de la séparation des pouvoirs, a affirmé M. Houri. La tâche revient, dans ce domaine, au Conseil des ministres. Au demeurant, le Conseil de la fonction publique est là pour ça, et je ne vois pas de raison pour qu'on invente une nouvelle instance qui assumerait ses responsabilités. Enfin, le lieu où les divergences doivent être tranchées est le Conseil des ministres. »
Le parlementaire a conclu en affirmant que « le temps presse » et a invité l'État à pourvoir aux postes vacants dans l'administration « le plus vite possible ».
Prenant le contre-pied de M. Houri, mais voulant dire la même chose, le député Ziad Kadri (Futur) a affirmé être hostile au « clientélisme » et au « partage d'influence politique », précisant que les nominations administratives sont « les prémices de l'action gouvernementale » et devraient « constituer un préambule indispensable aux réformes ».
Réservoir de compétences
M. Houri pense lui aussi qu'il existe « un réservoir de compétences tel, au sein des communautés, qu'il serait toujours possible de nommer l'homme qu'il faut à la place qu'il faut, tout en respectant les principes de la répartition confessionnelle et de la compétence ».
Pour sa part, le député Samir el-Jisr, tout en restant réaliste sur le principe de la compétence, a tenu à souligner l'importance du respect des dépositions constitutionnelles, et a rejeté l'idée de la formation d'une commission spéciale, judiciaire ou parlementaire soit-elle, qui se substituerait aux organismes de contrôle de l'État. « La règle constitutionnelle doit être respectée », a-t-il insisté. Il s'est enfin opposé à un train de nominations qui serait tout à la fois judiciaire et sécuritaire, estimant que « ces deux domaines sont distincts ». L'ancien chef de gouvernement, Omar Karamé, a affiché pour sa part son « pessimisme » au sujet des nominations, estimant que « dans un pareil régime, les nominations ne peuvent qu'être entachées par le partage d'influence ».
Selon M. Karamé, des nominations ne pourraient être saines tant que l'administratif reste influencé par le politique. « Certes, nous souhaitons à ce gouvernement le meilleur, mais nous ne sommes pas optimistes ; nous accorderons un délai de grâce à ce gouvernement, mais après, nous nous rangerons dans les rangs de l'opposition. »
Pour Nasser Kandil, le succès des prochaines nominations dépendra « du sérieux dont saura faire preuve la classe politique et de sa volonté de sortir du clientélisme, sans porter préjudice aux équilibres confessionnels ».


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