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Liban

Des signaux contradictoires en provenance de Damas…

Alors que la route Beyrouth-Damas est en train de redevenir praticable dans toutes ses voies, les Libanais cherchent à comprendre les véritables dessous de ce regain d'amitié entre leurs dirigeants et ceux de Syrie. Certes, le début du changement d'orientation politique a eu lieu au cours du sommet entre le roi Abdallah d'Arabie et le président Bachar el-Assad, et les deux responsables avaient établi les grandes lignes du processus de « normalisation » des relations entre une partie des Libanais et le régime syrien. La formule 15-10-5 pour le partage des portefeuilles au sein du gouvernement d'union nationale a été alors adoptée, et les deux hommes se sont entendus pour que le droit à la résistance soit mentionné dans la déclaration ministérielle, tout comme le principe de la visite du Premier ministre Saad Hariri à Damas a été acquis. Mais pour bien montrer qu'il s'agit d'une nouvelle page politique, les deux hommes ont choisi de laisser les Libanais décider eux-mêmes des timings et des scénarios pour préparer le terrain à ces changements, car après les années de divisions, de rancœur et de tensions, il serait maladroit d'agir vite et sans préparation, donnant l'impression d'un retour à la période de tutelle. Ce qui d'ailleurs n'est ni conforme à la réalité ni dans les intentions syriennes et saoudiennes.
En même temps, les dirigeants syriens ont voulu délivrer un message positif aux responsables libanais en recevant la semaine dernière le chef du CPL, le général Michel Aoun, à Damas. Selon des sources proches de la Syrie, il s'agit en fait de montrer aux Libanais qui restent sceptiques qu'un autre genre de relation est possible entre les dirigeants syriens et les responsables politiques libanais. Les mêmes sources ajoutent que c'est l'interlocuteur libanais qui conditionne la nature de la relation qu'il souhaite établir avec les dirigeants syriens. Après avoir été un ennemi féroce, le général Aoun est venu en Syrie la main tendue, à une période difficile pour ce régime, qui était alors pratiquement isolé sur la scène internationale. Il a refusé de passer par les couloirs sécuritaires habituels, établissant un contact direct avec le président syrien et plaçant leurs relations à la fois sur le plan de l'amitié, de la franchise et des intérêts bien compris des deux pays. Les sources proches de la Syrie déclarent ainsi que le président Assad a énormément apprécié l'attitude de Aoun, qui n'a cédé en rien sur les principes fondamentaux, refusant de parler avec les Syriens tant que leurs militaires étaient déployés au Liban et faisant partie de leurs premiers interlocuteurs lorsqu'ils se sont retirés, plaçant ainsi les intérêts stratégiques au-dessus des considérations personnelles. D'ailleurs, les mêmes sources précisent qu'au cours de la dernière visite d'Assad à Paris, et lorsque le président Sarkozy l'a remercié pour les efforts déployés dans le but de faciliter la formation du gouvernement d'union nationale, le président syrien aurait répondu : « Le plus grand mérite en revient au leader chrétien Michel Aoun qui a renoncé à sa propre ambition pour paver la voie à l'élection du président consensuel. Il n'a ensuite pas cessé de placer les intérêts de son pays en tête de ses priorités, choisissant d'accepter la formule gouvernementale présentée lorsqu'elle lui a paru valable. »
Que ces propos aient été réellement prononcés ou non, le fait que les sources proches de la Syrie les rapportent montre que l'approche syrienne du dossier libanais a changé et que si les considérations d'intérêt stratégique sont respectées, il est possible d'établir des relations respectueuses entre les deux parties. Pour les Syriens, la relation avec Michel Aoun peut servir de modèle aux responsables libanais, même ceux qui ont eu des relations mouvementées avec la Syrie dans le passé, à condition de faire preuve d'honnêteté et de vision stratégique.
Ce message est d'autant plus important que le Premier ministre Saad Hariri s'apprête à se rendre en Syrie dans les plus proches délais. La visite avait été annoncée pour aujourd'hui, mais le décès du frère du président syrien a bouleversé l'emploi du temps de Bachar el-Assad. Elle reste en tout cas d'actualité. Les sources proches de la Syrie laissent entendre qu'elle aurait lieu avant le début de la semaine prochaine et elle devrait donner lieu à des explications franches et sincères. Les dirigeants syriens ont ainsi apprécié le fait que Saad Hariri a saisi au vol la proposition du ministre Jean Oghassabian de remplacer la formule « relations d'égal à égal » par « relations fraternelles », dans le volet concernant la Syrie, lors des réunions de la commission chargée de la rédaction de la déclaration ministérielle. Cette initiative a été perçue par les Syriens comme un signe d'ouverture et de bonne volonté de la part du Premier ministre.
Mais le chemin est encore long pour régler les dossiers conflictuels encore en suspens et surtout pour éliminer la méfiance. L'affaire des commissions rogatoires ciblant des personnalités libanaises montre ainsi que les Syriens n'ont pas abandonné la méthode du bâton. Les dirigeants syriens ont beau affirmer qu'il ne s'agit pas d'une démarche officielle, mais d'une simple formalité judiciaire suite à une plainte libanaise, ils ne sont pas très convaincants. Pour les analystes, le message est clair : d'un côté l'ouverture, de l'autre la menace, même si sa portée est atténuée par les déclarations officielles. C'est dire que le contentieux est encore lourd...
Alors que la route Beyrouth-Damas est en train de redevenir praticable dans toutes ses voies, les Libanais cherchent à comprendre les véritables dessous de ce regain d'amitié entre leurs dirigeants et ceux de Syrie. Certes, le début du changement d'orientation politique a eu lieu au cours du sommet entre le roi Abdallah d'Arabie et le président Bachar el-Assad, et les deux responsables avaient établi les grandes lignes du processus de « normalisation » des relations entre une partie des Libanais et le régime syrien. La formule 15-10-5 pour le partage des portefeuilles au sein du gouvernement d'union nationale a été alors adoptée, et les deux hommes se sont entendus pour que le droit à la résistance soit mentionné dans la...
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