Marwan Hamadé à la tribune : un souffle du « 14 Mars » passe…
Sachant que le député du Chouf était pratiquement l'unique représentant du Bloc démocratique de Walid Joumblatt à prendre la parole lors du débat de confiance (à l'exception certes de Mohammad Hajjar, mais qui est d'abord membre du Courant du futur), son intervention revêtait par elle-même une importance particulière, au vu des prises de position actuelles de M. Joumblatt.
« En tant que membre d'un rassemblement démocratique, j'ai pris la décision de prononcer un discours exprimant mon point de vue en ma qualité de député de tout le Liban », a-t-il annoncé d'emblée. Par cette formule, M. Hamadé a en quelque sorte noyé le poisson, évitant d'avoir à dire de manière explicite si ce discours exprimait l'opinion du bloc réuni ou le sien propre. Quoi qu'il en soit, il est difficile de croire que M. Joumblatt ne savait pas ce qu'il faisait en laissant M. Hamadé être l'unique orateur de son bloc, alors même que les autres groupes parlementaires investissaient en masse la tribune.
S'adressant au Premier ministre, M. Hamadé lui a dit : « Le gouvernement sait qu'il peut compter sur une majorité écrasante de voix. Et par avance, je joins la mienne à cette majorité, mais je précise que c'est à vous que j'accorde ma confiance et non pas à l'ensemble des formations qui siègent à vos côtés sur les bancs du gouvernement. »
M. Hamadé a bâti l'essentiel de son intervention sur l'alternance entre les causes de satisfaction, comme « l'apparence d'unité retrouvée », la revanche sur le destin de Rafic Hariri par l'accession de son fils à la présidence du Conseil, le calme régnant dans le pays... et les causes de déception.
« Je suis heureux parce que les formations libanaises souverainistes, démocratiques et arabistes ont été victorieuses aux élections législatives et à tous les scrutins estudiantins et professionnels, en brandissant les slogans du passage vers l'État et de la préservation de Taëf », a-t-il également dit.
« Mais je suis triste car cette victoire, au lieu d'être exploitée pour former un gouvernement d'entente nationale réel et équilibré, a été sacrifiée sur l'autel des reculades par l'arrachage des parts, l'amputation des prérogatives et l'annulation de la volonté des électeurs, de sorte que la Constitution n'est plus la référence, le pacte n'est plus le fondement du pouvoir et les institutions ne sont plus des autorités », a-t-il ajouté.
Et de poursuivre : « Je ne vois pas que le passage vers l'État est consacré par la façon dont le gouvernement a été formé, avec une majorité devenue fictive et une minorité qui impose son hégémonie, sans parler de la marginalisation du centre relevant théoriquement du président de la République. »
« Il n'est pas non plus consacré par la déclaration ministérielle dont les termes bien choisis cachent les divisions réelles à l'intérieur de la même équipe et qui paralysent ou du moins retardent le passage effectif vers l'État. »
« Je suis triste car personne, du sommet de la pyramide du pouvoir jusqu'à sa base, n'a de garanties sur la partie qui tient en main la décision de guerre et de paix, ni sur les moyens de régler le problème de la dualité des armes. »
« Ce qui m'inquiète, c'est le risque pour le Liban de redevenir un théâtre de règlements de comptes régionaux, a-t-il dit, accusant certaines forces régionales de "s'infiltrer par la situation ni-guerre-ni-paix" pour faire du Liban la scène du conflit qui menace la région. »
« À ce stade, j'appelle nos partenaires au sein du gouvernement et nos collègues à la Chambre à ne pas entraîner le Liban dans une quelconque aventure et à donner des assurances que les armes ne seront pas tournées vers l'intérieur », a-t-il lancé.
M. Hamadé a d'autre part consacré une partie importante de son intervention à l'affaire des commissions rogatoires lancées par la justice syrienne sur plainte de Jamil el-Sayyed, l'ancien patron de la Sûreté générale, à l'encontre de personnalités libanaises, y compris lui-même.
Évoquant une « pièce de théâtre », M. Hamadé a accusé ses adversaires de « maintenir l'objectif qu'ils s'étaient fixé après l'assassinat de Rafic Hariri : éliminer les conséquences politiques et civiles de cet attentat, puis éliminer l'enquête et le tribunal chargés de faire la lumière sur les criminels et leurs maîtres ».
Interpellant les ministres de la Justice, de l'Intérieur et de l'Information, il leur a demandé de « répliquer à ce spectacle humiliant ».
Le député du Chouf a conclu en accordant sa « confiance entière » au Premier ministre et « une moitié de confiance au gouvernement et à la déclaration ministérielle ».


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