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Dans le nouvel Irak ultraconservateur, les Ghajars sont ostracisés

Les hommes étaient chanteurs et leurs femmes danseuses, mais les radicaux estiment que les traditions de cette petite communauté sont en contradiction avec les valeurs islamiques.

Des enfants Ghajars jouant dans le village d’al-Zouhour en Irak.  Sabah Arar/AFP

Coincé entre une décharge et un oued aux eaux putrides, al-Zouhour n'a ni eau ni électricité et ses habitants, des Roms, sont ostracisés dans le nouvel Irak ultraconservateur qui les toise comme des déviants de l'islam.
Dans les rues sordides bordées de masures de briques et de torchis, sans fenêtres, ni portes, des hommes errent sans travail, une fillette fait grincer une balançoire de fortune alors que les femmes reviennent de Diwaniya, où elles ont passé la journée à mendier.
Au loin, les fumées des ordures qui brûlent noircissent le ciel et quand le vent tourne, une odeur nauséabonde envahit l'endroit.
Avant 2003, sous le régime laïc du Baas, leur situation était bien meilleure. Les hommes étaient chanteurs ou musiciens professionnels et leurs femmes danseuses comme beaucoup de Roms des Proche et Moyen-Orient, appelés communément Ghajars, venus il y a plusieurs centaines d'années d'Inde.
Avec la montée en force du radicalisme islamiste, ils ont été marginalisés, attaqués et pillés début 2004 par l'armée du Mahdi, la milice du chef radical chiite Moqtada Sadr, qui considérait cette communauté comme des dépravés. Aujourd'hui, elle est frappée d'ostracisme. « On vit comme des chiens », lâche Raghab Hannoumi Allaoui, une habitante du village, le regard noir perçant et la peau sombre, entourée d'un groupe de femmes assises sur un tapis poussiéreux.
Elle a cessé d'aller quémander de l'aide à Diwaniya, à 160 km au sud de Bagdad. « Les autorités du gouvernorat m'ont dit "vous n'avez droit à rien" et m'ont jetée dehors », dit-elle.
Mendier quelques dinars, le visage entièrement couvert pour ne pas être reconnues, est la seule activité que ces femmes peuvent encore pratiquer.
« Nous partons à 05h00 et nous revenons vers 15h00. Depuis deux ans, ils nous ferment toutes les portes et nous laissent agoniser », lâche Lamia Halloub, une vieille Tsigane au visage buriné.
Les hommes, eux, se rappellent avec nostalgie les temps des fêtes lorsqu'ils jouaient et chantaient toute la nuit, pour des familles riches, dans les mariages ou devant des notables.
Avant 2003, « nous pouvions travailler, faire de la musique dans des fêtes folkloriques », dit Khaled Jassem, la tête recouverte d'un keffieh.
« Mais depuis, nous n'avons plus rien. Pourquoi ? Parce que nos traditions sont en contradiction avec les valeurs islamiques », peste le vieil homme. « Ils nous disent que les artistes n'ont pas de place en Irak. L'art c'est fini! Mais quel est ce pays où on ne trouve plus d'artistes ? », s'interroge l'homme. Son ton monte et son visage s'anime. « Qu'on me donne n'importe quel travail je le ferai, militaire, policier, garde, ou ouvrier. »
Face aux attaques régulières que la police a contenues en installant un barrage à l'entrée du village, beaucoup de Roms, qui sont musulmans, sont partis ailleurs.
« Dans leur village, les infrastructures, les réseaux d'eau et d'électricité ont été détruits. Les attaques, menées par des milices armées, ont poussé les familles à fuir vers d'autres provinces », explique Abbas al-Sidi, un membre de la commission des Droits de l'homme de la province.
« Le nombre de familles est passé de 450 à 120. Celles qui sont restées sont les plus pauvres », dit-il. Il n'existe pas de chiffres précis, mais les chefs de tribus roms estiment leur nombre à 60 000 en Irak.
Pour eux, l'espoir d'une vie meilleure est très mince. « L'islam les considère comme des déviants. Nous avons peu d'espoir qu'ils retrouvent le droit chemin », déclare sans ambages Hafez Moutacharm, un dignitaire religieux de Diwaniya.
Et d'ajouter : « Ils exercent la prostitution, ce que la loi islamique interdit. Il est normal que notre communauté les considère comme inférieurs et insiste pour les isoler. »
Coincé entre une décharge et un oued aux eaux putrides, al-Zouhour n'a ni eau ni électricité et ses habitants, des Roms, sont ostracisés dans le nouvel Irak ultraconservateur qui les toise comme des déviants de l'islam.Dans les rues sordides bordées de masures de briques et de torchis, sans fenêtres, ni portes, des hommes errent sans travail, une fillette fait grincer une balançoire de fortune alors que les femmes reviennent de Diwaniya, où elles ont passé la journée à mendier.Au loin, les fumées des ordures qui brûlent noircissent le ciel et quand le vent tourne, une odeur nauséabonde envahit l'endroit.Avant 2003, sous le régime laïc du Baas, leur situation était bien meilleure. Les hommes étaient...
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