Il ne reste plus à Jean-Gabriel Chelala « que » 2 000 kilomètres à parcourir avant de rejoindre Paris, le 12 décembre.
Expédition 48° Nord : 30 000 km autour de la planète bleue, avec uniquement la tête et les jambes, sur la terre et sur l'eau : c'est le défi inédit que le jeune aventurier de 28 ans, franco-libanais et breton d'adoption, avait relevé et qu'il est en passe de réussir.
Il a successivement traversé à vélo la France, l'Espagne, le Portugal, puis l'Atlantique sur un canot à pédales, les États-Unis et une partie du Canada sur un vélo couché, et enfin l'Alaska en kayak sur la mythique rivière de la ruée vers l'or, la Yukon River, jusqu'au rivage de la mer de Béring.
Mais la terrible mer des confins du Pacifique nord, aux courants et vents anarchiques, qui sépare l'Alaska de la Sibérie, l'a obligé, en juillet, à faire une entorse à son programme « à la seule force humaine ». Il a dû rejoindre la Sibérie en avion après avoir été hélitreuillé en catastrophe par les gardes-côtes américains en abandonnant son kayak aux flots déchaînés.
Dans la forêt
« J'ai failli y laisser ma peau, mais quand on croit en soi, on peut déplacer des montagnes », a-t-il confié à l'AFP au cours de sa halte sur la place Rouge, à Moscou.
Mais en fait de montagnes, l'aventurier garde de son périple russe l'image d'un pays « monotone, morose et plat où les rencontres furent rares et pas toujours agréables », un pays, dit-il, « où la solitude fut mon lot quotidien et où (ça l'a frappé) la vodka coule à flots ».
Depuis la mi-août et son départ de Khabarovsk par 135° de longitude est, l'aventurier ne s'est laissé aucun répit, parcourant une moyenne quotidienne de 140 km à la force des mollets.
Il a dormi où il pouvait, dans des petits hôtels bon marché, souvent sur un banc dans les gares, « les principales attractions à ne pas manquer en Russie », affirme-t-il, rarement chez l'habitant.
Quelques fois, comme dans les environs de Tchita, en Sibérie orientale, surpris par la nuit en pleine nature et sans le moindre village à la ronde, il a passé la nuit dans la forêt, enroulé dans une couverture de survie.
Dernière ligne (presque) droite
Il a aussi eu des sueurs froides comme dans cette petite bourgade sibérienne où, la nuit tombant, « des jeunes m'ont demandé de l'argent pour boire de la bière. Ils ont soudain sorti un revolver en me disant : "on pourrait te le pointer sur ta tempe" », raconte Jean-Gabriel, qui s'en est finalement bien sorti après avoir « tourné la chose en dérision » à l'aide de ses quelques mots de la langue de Tolstoï.
Mais s'il regrette d'avoir rencontré au long du chemin « beaucoup d'indifférence et des gens désagréables, alors qu'un sourire suffirait parfois à illuminer une journée », il reste enthousiasmé par la beauté des paysages que lui offrit le lac Baïkal et les premiers flocons de neige tombant sur la Volga, à Kazan, au Tatarstan.
Le « globe-pédaleur » a quitté Moscou ce week-end. Il avoue qu'il est « un peu fatigué » après bientôt deux années de voyage autour du monde.
« C'est la dernière ligne presque droite jusqu'à mon arrivée sur le parvis de Notre-Dame à Paris, d'où je suis parti le 13 janvier 2008. J'ai 28 000 km dans les jambes, la tête et les bras. Les 2 000 qui restent ? Une babiole, dit-il. Je serai à Paris le 12 décembre. »


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine