Yara Nassar et Hani Khatib, seuls dans la réalité, mais unis dans la virtualité. (Wassim Daou)
Deux personnages, certes, mais une scénographie assez élaborée et bien construite qui laisse entrevoir le poids du monde contemporain sur les épaules de ces caractères. À travers les différents écrans qui s'ouvrent comme des lucarnes, à travers le réel et le virtuel, le passé et le présent, Khouloud Nasser livre une dramaturgie amère et lourde. Après de hautes études de théâtre, d'actorat à l'Iesav et à l'Université libanaise, Nasser, qui a contribué à plusieurs travaux scéniques, travaillé et joué avec des metteurs en scène, notamment Ben Harrisson en Écosse, décide de s'attaquer à sa propre création.
Mèshy on Line est donc un défi, vu que la pièce est inspirée de trois textes différents, mais qui ont eu la renommée d'être difficiles et mal compris à l'époque par leur public. De Roberto Zucco de Bernard Marie-Koltès à Juste... La fin du monde de Jean-Luc Lagarce, en passant par Crave de Sarah Kane, trois dramaturgies qui ont un seul point commun: le manque de récit. Il ne se passe rien dans la pièce de Khouloud Nasser, mais il se passe aussi beaucoup. Il s'agit en effet de pensées tourmentées sans connexion logique entre elles. On parle de mort, de suicide, d'amour aussi. Des sentiments fugaces y sont dépeints. «C'est beau d'apprendre à te connaître et ça mérite bien un effort, et m'adresser à toi... c'est encore pire et faire l'amour avec toi à trois heures du matin et peu importe, peu importe, peu importe comment, mais communiquer un peu de / l'irrésistible immortel invincible... amour que j'ai pour toi.» (extrait du texte de Sarah Cane).
Sur scène, Yara Nassar et Hani Khatib ne sont que des fragments d'êtres face à leurs tourments, leur passé et qui essayent de se retrouver et de se recoller. Une double violence, celle morale et l'autre, plus lointaine, est distillée en filigrane. Il ne se passe rien ou presque rien, mais tout est dans la langue, la parole, le dit et le non-dit. Mais là où le bât blesse, là où le public est resté semble-t-il perdu, c'est que malgré une bonne scénographie et toute la technicité (lumières, sons) assurée, il reste un goût de décousu, amer, dans la gorge. Était-ce voulu? Un bon hommage à ces trois dramaturges contemporains décédés qui ont marqué le théâtre contemporain, mais néanmoins un sentiment quelque part d'inachevé.

