Le pays du Cèdre vit au rythme de pronostics sur la formation du cabinet affichant tantôt un optimisme serein, tantôt un sombre pessimisme, depuis les législatives du 7 juin remportées par la coalition soutenue par Washington et Ryad face au camp mené par le Hezbollah et appuyé par Damas et Téhéran, dit Rita Daou, dans une dépêche AFP. "Nous vivons depuis des mois dans une tour de Babel de spéculations qui lient la formation du gouvernement tantôt à la volonté syrienne, tantôt saoudienne, tantôt iranienne et tantôt américaine", écrit mercredi Rafic Khoury, rédacteur en chef du quotidien indépendant "al-Anouar".
"Ils (les hommes politiques) se moquent de nous", lance Roudeina Chammat, 32 ans, plus intéressée par les vitrines des magasins de mode dans le quartier commerçant de Hamra à Beyrouth. "Nous sommes las, las, las", martèle-t-elle.
Même les journaux télévisés et les talk-shows qui d'ordinaire jouissent d'une large audience, ne semblent plus avoir la cote auprès des Libanais, connus pour être férus de politique. "Cela fait longtemps que je ne suis plus les infos", dit William Hanna, chauffeur de taxi avec un air de dégoût. "Les affaires marchent, pourquoi se casser la tête en pensant à ça?" Samir Darwiche, employé d'une imprimerie à Tripoli (nord), prend le parti d'en rire. "Qu'ils continuent à se bagarrer, au moins ils nous laissent tranquilles. C'est lorsqu'ils se mettent d'accord que c'est la catastrophe!"
La majorité parlementaire menée par Saad Hariri, fils de l'ancien Premier ministre assassiné Rafic Hariri, et l'opposition n'arrivent pas à se mettre d'accord sur la répartition de portefeuilles au sein du futur gouvernement d'union nationale. L'impasse est telle que certains commencent même à douter de l'utilité d'un pouvoir exécutif.
"Un gouvernement est-il vraiment nécessaire?" demande le citoyen Élias Chedid, dans la rubrique "Opinion" du quotidien francophone "L'Orient-Le Jour" sous le titre "Plaidoyer pour la non formation d'un gouvernement". "Qu'ont fait les derniers gouvernements pour améliorer l'état lamentable de notre économie?" s'interroge-t-il encore, alors que le Liban est l'un des pays les plus endettés au monde. Et de conclure: "Un gouvernement (...), on pourrait vivre avec, mais on est tellement mieux sans".
La presse également semble blasée. Le quotidien proche de l'opposition "al-Akhbar" a ainsi opté d'écrire en guise d'éditorial: "Tout ce qui est sous-mentionné ne sont pas des informations dépassées ou des erreurs d'impression, ce sont bien les mêmes déclarations qui se répètent chaque jour".
Dans le quotidien "al Balad", le caricaturiste Stavro est à court d'idées: il se représente lui-même dans un dessin, assis devant une télévision diffusant des images d'une réunion et s'écriant à l'adresse des hommes politiques: "Finissez-en donc! Nous mourrons d'ennui, pas vous?"
Des hommes politiques eux-mêmes choisissent l'auto-dérision. "Nous ne savons pas quand le gouvernement sera formé", confiait récemment l'un d'eux. "Quand ils nous disent d'être optimiste, on l'est, quand ils nous disent d'être pessimiste, on l'est aussi".
Preuve du flou qui règne jusque dans les milieux politiques, un responsable de l'opposition, Alain Aoun, affirme en toute franchise que "le gouvernement sera formé soit dans 24 heures, soit...dans un an".
"Ils (les hommes politiques) se moquent de nous", lance Roudeina Chammat, 32 ans,...

