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Liban - Témoignages

Cartables trop lourds et enseignants non qualifiés : les gros soucis des parents

Septembre et octobre sont, sans aucun doute, les deux mois où les parents doivent le plus jongler avec le budget familial pour faire face aux dépenses de la rentrée scolaire dans le secteur privé. Mais les parents mettent aussi le doigt sur des problèmes d'un autre ordre.

Au fil des années, les problèmes financiers se ressemblent et constituent un véritable tracas pour les familles de la classe moyenne. Comment refuser à son enfant l'achat d'un nouveau cartable ? Comment le convaincre d'acheter des livres usagés ? Comment payer la scolarité à temps ?
« On a beau rogner sur certains achats, le budget de la rentrée scolaire est particulièrement lourd lorsqu'on a trois enfants », explique Michel. Il déplore alors le coût exorbitant des manuels, les listes modifiées chaque année, la hausse des scolarités, le coût des transports. Ce cadre dans une entreprise affirme avoir contracté un prêt bancaire, l'année dernière, pour régler la scolarité. « L'école avait refusé d'échelonner les paiements », dit-il. Option qu'il pourrait de nouveau envisager cette année.
Pour Reine, mère de deux enfants, tout est question d'organisation. Longtemps à l'avance, elle prévoit les dépenses de la rentrée et n'achète que le nécessaire, et progressivement. Dès le mois d'août, elle a acheté les manuels et un seul uniforme à chacun de ses enfants. Elle complétera leur tenue vestimentaire le mois prochain pour ne pas grever son budget. Car il faut aussi faire la part de la scolarité, une dépense de taille pour un couple d'employés qui paie son appartement à crédit et refuse de demander une aide quelconque. Reine règle la scolarité à temps, quitte à se résoudre à demander une avance de salaire. Mais elle ne peut s'empêcher de se demander pourquoi la facture des fournitures est tellement élevée et pourquoi les parents d'élèves sont toujours sollicités. « Je ne pense pas que les directions d'écoles tiennent vraiment compte de nos problèmes financiers », lance-t-elle.
Au fil des jours, de nouveaux problèmes ont surgi, comme le poids du cartable, la qualité de l'enseignement ou le fléau des cours particuliers. « Le cartable de mon fils de 9 ans représente le tiers de son poids. Est-ce normal ? » demande Caryn. « Je voudrais tellement que mes enfants rentrent à la maison avec des cartables légers et sans leçons », souhaite aussi Patricia. Car cette mère juge inadmissible le fait de payer « deux scolarités, l'une à l'établissement scolaire, l'autre en leçons particulières ». « C'est un véritable fléau », lance-t-elle, invitant les directions à mieux payer leurs enseignants. « Les enfants recevront ainsi un enseignement de qualité et seront moins surchargés chez eux », estime-t-elle. Un mécontentement que partage Caryn. « Les enseignants ne sont pas à la hauteur. Le recrutement est dramatique, même dans les écoles de qualité », dit-elle carrément, affirmant que ses enfants, scolarisés dans une prestigieuse institution, ont maintes fois repris leurs enseignants.

Une directrice d'école explique
Résoudre ces problèmes constitue souvent un véritable casse-tête pour les institutions scolaires. « Les problèmes financiers des parents vont de mal en pis, car nombre d'entre eux sont au chômage », déplore Salma Fayad, directrice de l'école Saint-Georges - Bsalim, observant que les aides des associations étrangères et locales sont moins importantes depuis que le pays n'est plus en guerre. La petite école, qui compte 540 élèves, a accumulé 100 millions de LL de frais scolarité impayés de l'année passée. « Je n'arrive pas à renvoyer les enfants, même lorsque les parents ne coopèrent pas. Mais j'ai dû m'y résoudre une fois », regrette-t-elle.
Concernant le cartable scolaire, Mme Fayad estime qu'il s'agit effectivement d'un gros problème. « Nous avons tout essayé pour alléger les cartables, précise-t-elle. Nous continuons de chercher une solution. » Mais elle insiste sur la difficulté de discipliner les enfants à ce niveau. « Certains d'entre eux apportent systématiquement tous leurs livres de peur d'en oublier. D'autres oublient leurs manuels de manière répétée. Faut-il laisser les livres à l'école ou à la maison ? Faut-il photocopier des parties de livre, tout en sachant que la photocopie est loin d'être agréable à regarder ? Un petit ordinateur ne pourrait-il pas servir de recueil de manuels ? » demande-t-elle encore.
La directrice évoque par ailleurs des problèmes d'ordre éducatif, liés à la conception négative des parents de l'échec scolaire. « Ils ne comprennent pas l'intérêt du redoublement. Or, il est parfois nécessaire de faire redoubler un enfant », observe-t-elle. Salma Fayad mentionne aussi les cas, de plus en plus nombreux, de troubles de l'apprentissage et psycho-éducatifs. « Les parents ont vécu une guerre. Ils traversent aussi des périodes d'insécurité. Cela se répercute forcément sur leurs enfants », explique-t-elle.
Les divisions politiques, vécues par les élèves, ne sont pas pour faciliter la tâche des institutions. « Il est pourtant interdit de parler politique, mais nous tentons, avec beaucoup de difficulté, de leur inculquer les notions de démocratie et de tolérance », affirme Mme Fayad, précisant que les enfants sont désabusés et savent pertinemment qu'au Liban, ces mots résonnent creux.

A.-M. H.
Au fil des années, les problèmes financiers se ressemblent et constituent un véritable tracas pour les familles de la classe moyenne. Comment refuser à son enfant l'achat d'un nouveau cartable ? Comment le convaincre d'acheter des livres usagés ? Comment payer la scolarité à temps ? « On a beau rogner sur certains achats, le budget de la rentrée scolaire est particulièrement lourd lorsqu'on a trois enfants », explique Michel. Il déplore alors le coût exorbitant des manuels, les listes modifiées chaque année, la hausse des scolarités, le coût des transports. Ce cadre dans une entreprise affirme avoir contracté un prêt bancaire, l'année dernière, pour régler la...
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