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Liban - Éclairage

Téhéran met de l’eau dans le gaz, et Damas tergiverse

Des loyalistes estiment que les indications en provenance de Damas, bien que délivrées au compte-gouttes, ne sont guère encourageantes. Les visiteurs de la capitale syrienne mettent l'accent, pour leur part, sur les résultats positifs du sommet syro-saoudien et sur le souhait syrien de faciliter la formation du nouveau gouvernement libanais. Ils rappellent que les Syriens et les Saoudiens ont souligné de concert que l'objectif est de préserver la stabilité du Liban, via la mise en place d'un cabinet d'union nationale. Walid Moallem précise de son côté que les deux puissances soutiennent toujours la formule 15-10-5 et l'entente, invitant les Libanais à accorder leurs violons, la balle étant dans leur camp.
Mais les loyalistes jugent que la position effective de la Syrie reste inchangée et réservée, malgré les ballons d'essai visant à faire croire qu'elle veut aider au dénouement de la crise ministérielle libanaise. Bulles de savon soufflées pour paraître tenir les promesses faites à Paris, mais qui n'ont qu'une consistance gazeuse, sans rien de solide. La preuve étant que les prosyriens du cru maintiennent leurs exigences obstructionnistes, sans lâcher du lest comme ils l'auraient certainement fait si la Syrie était elle-même de bonne composition. Ainsi, le Hezbollah, pourtant chef d'orchestre notoire du 8 Mars, continue à se défausser sur le général Michel Aoun en priant le Premier ministre désigné de traiter avec lui. Et en précisant que si le général en venait à refuser d'être représenté au gouvernement, toute l'opposition lui emboîterait le pas. Les pronostics optimistes des cadres du Hezb ne sont dès lors que des vœux pieux, ou des trompe-l'œil, un écran de fumée masquant l'obstruction, estiment les loyalistes.

Tentative
Des sources fiables indiquent que lors de sa récente rencontre avec Hassan Nasrallah, Walid Joumblatt a essayé pendant trois heures, mais en vain, d'en obtenir une position susceptible d'aider Saad Hariri dans ses efforts pour former le gouvernement. Un engagement qui aurait pavé la voie à une entrevue entre le Premier ministre désigné et le leader du Hezb pour une entente sur le fond comme sur la forme. Mais que pourrait donner le Hezbollah ? D'abord, répondent les loyalistes, une reconnaissance effective, entière, des résultats des législatives, sans faux-fuyant sous couvert de total national des voix. Une reconnaissance politique avant tout. Signifiant que le 8 Mars admet que la majorité est en droit de gouverner seule et que, partant, son acceptation d'un cabinet de coalition répond à un besoin national que l'opposition devrait partager. En pratique, cela revient à dire que les prosyriens, cooptés en puissance par magnanimité, ne doivent pas tenter de façonner le gouvernement à leur propre guise.
Mais, ajoutent les sources citées, Nasrallah a opposé à Joumblatt une fin de non-recevoir en répétant que son camp l'avait emporté en termes de total des voix sur l'ensemble du territoire. Et en soutenant que la majorité populaire ainsi dégagée prime sur la majorité des sièges décrochée au Parlement par le 14 Mars. Ce qui débouche sur cette conclusion : si la majorité veut le partenariat, elle doit donner satisfaction à l'opposition en accepter les revendications ministérielles. En pratique, et Joumblatt n'a rien pu y faire, le Hezbollah maintient son appui à Michel Aoun quand il pose un veto à l'attribution des Finances à un membre du Courant du futur, ce qui ne l'empêche pas de refuser la rotation ou d'exiger la nomination de battus aux élections, dont son gendre, Gebran Bassil.

Contrat
Cependant, pour ce qui le concerne plus particulièrement, Joumblatt a pu marquer des points en rencontrant Nasrallah. Il en a obtenu l'assurance certifiée que le 7 Mai, sa hantise, ne se répéterait plus et que ses séquelles seraient bientôt effacées. Il a également obtenu une sorte de contrat de coopération, là où c'est possible, entre son parti et le Hezbollah. Qui prend acte, avec satisfaction, du revirement effectué par Joumblatt, de l'affirmation de sa spécificité et de son autonomie par rapport au 14 Mars.
Sur un plan général, les loyalistes pensent que le Hezbollah s'inspire bien plus de l'Iran que de la Syrie. Or, relèvent-ils, Téhéran n'est pas disposé à encourager, pour le moment, l'installation d'un nouveau gouvernement libanais, fût-il d'union. Car il se trouve dérangé par le sommet syro-saoudien qu'il a critiqué. Et comme Damas et Riyad proclament qu'ils veulent faciliter la formation d'un nouveau gouvernement libanais, il en prend le contre-pied. Dès lors, on entend les tenants du courant iranien au sein du 8 Mars tenir un langage contraire aux propos optimistes répandus par les prosyriens. Les couacs se font encore plus marquants après les développements survenus au Yémen. Là, après le sommet syro-saoudien, des rebelles chiites, les houthiyyine, soutenus par l'Iran, ont débordé sur une large zone saoudienne. Donc, Téhéran pousse loin, après les risettes de son allié syrien à Riyad, son défi au nouveau couple. Et cela se traduit vite sur la scène libanaise.
Toujours est-il que l'opposition dans son ensemble fait monter les enchères ministérielles. L'on entend ses cadres affirmer, aujourd'hui, qu'il vaut mieux renoncer à la 15-10-5 pour revenir à l'équation de Doha. C'est-à-dire pour que le 14 Mars ait bien la moitié plus un, mais sans effet de gouvernance puisque le 8 Mars aurait quant à lui le tiers plus un, c'est-à-dire le blocage en main. En même temps, les prosyriens et les pro-iraniens, réunifiés, donnent de la voix contre le suivisme qu'ils imputent aux loyalistes par rapport aux USA, à l'Arabie saoudite et à l'Égypte. En prétendant, c'est le monde à l'envers, que c'est le 14 Mars qui bloque la formation du gouvernement, sur injonction de ses trois parrains étrangers. Ou plus exactement, selon les opposants, sur instructions du Caire, Riyad étant favorable au dénouement de la crise ministérielle. Pour les cadres du 8 Mars, il existerait en effet au sein du 14 Mars deux courants bien distincts, sinon opposés. L'un, prosaoudien, animé par Joumblatt, et l'autre proégyptien, réfractaire à la formation. Ce courant serait soutenu, aux dires des opposants, par une aile dure de l'administration US qui refuse de voir le Hezbollah intégrer de nouveau le pouvoir officiel libanais. Et qui invite Hariri à former un gouvernement majoritaire monochrome. Ce que souhaite Samir Geagea en cas d'échec de la formule d'union. Quoi qu'il en soit, il faut maintenant attendre de voir ce que la réunion sur le nucléaire iranien va donner le 19 du mois courant, ou encore la réconciliation interpalestinienne annoncée pour le 25, sans compter la signature de l'accord entre la Syrie et l'UE le 27.
Des loyalistes estiment que les indications en provenance de Damas, bien que délivrées au compte-gouttes, ne sont guère encourageantes. Les visiteurs de la capitale syrienne mettent l'accent, pour leur part, sur les résultats positifs du sommet syro-saoudien et sur le souhait syrien de faciliter la formation du nouveau gouvernement libanais. Ils rappellent que les Syriens et les Saoudiens ont souligné de concert que l'objectif est de préserver la stabilité du Liban, via la mise en place d'un cabinet d'union nationale. Walid Moallem précise de son côté que les deux puissances soutiennent toujours la formule 15-10-5 et l'entente, invitant les Libanais à accorder leurs violons, la balle étant dans leur camp.Mais les loyalistes jugent que la position effective...
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