Le narguilé est devenu un fléau national et arabe, dans l'indifférence générale. 44,5 % des écoliers libanais de 14-15 ans ont déjà fumé le narguilé au moins quelques fois dans leur vie et 18,9 % l'ont fumé plus de dix fois. C'est l'une des constatations les plus alarmantes de l'enquête nationale Medspad-Liban sur « l'éveil et les comportements des écoliers face aux substances addictives », dont les résultats ont été publiés hier, à l'hôtel Mövenpik, sous le patronage du ministère de l'Éducation et de l'Enseignement supérieur. Réalisée en 2008 par le département de médecine sociale et familiale de l'USJ, avec le soutien du groupe Pompidou/Mednet, membre du Conseil de l'Europe, l'étude a porté sur la relation de 1 097 adolescents de classe de troisième avec les substances licites et illicites comme la cigarette, le narguilé, l'alcool, le haschich, l'ecstasy... ainsi que leur utilisation de ces substances.
Le narguilé, une voie vers la cigarette
Le comportement des écoliers libanais face au narguilé est inquiétant, car il est en nette augmentation depuis 1990. Lié à des habitudes sociales, consommé généralement en présence d'adultes, parents, voisins ou amis, il est consommé dans 58,5 % des cas à la maison et dans 50,1 % des cas au café ou au restaurant. « L'augmentation de la consommation de narguilé est importante, malgré la difficile manipulation, et ne peut qu'entraîner la hausse de la consommation de la cigarette », constate le docteur Salim Adib, chef du département de médecine familiale et sociale à l'USJ, lors de sa présentation de l'étude. Il précise à ce propos qu'en autorisant leurs enfants de 14 ou 15 ans à fumer le narguilé, « les parents ouvrent la voie à la consommation de la cigarette par la suite ». Certes, le nombre d'écoliers qui ont déjà fumé une cigarette au moins quelques fois est moins élevé que ceux qui ont fumé le narguilé, mais il n'est pas négligeable (14 %). L'épidémiologiste souligne que la consommation de cigarettes est trois fois plus élevée dans les écoles publiques que dans les institutions privées. Il explique que cette pratique découlerait de la mauvaise application par le corps enseignant et le personnel des écoles publiques de l'interdiction de fumer. Sans oublier que, de manière générale, seulement un participant sur quatre a déclaré vivre dans une maison de non-fumeurs.
« C'est au Liban-Sud que le taux de fidèles au narguilé est le plus important », avec 24,1 % de la moyenne nationale d'écoliers qui en consomment (18,1 %), affirme par ailleurs le Dr Adib. Il ajoute que cette région a, en revanche, le taux le plus bas de consommation d'alcool de la part des écoliers, soit 11,3 % de la moyenne nationale, qui est de 36,5 %.
La bière, facile à acheter et à consommer
La bière est indiscutablement la boisson la plus appréciée des écoliers, d'autant qu'elle est facile à acheter et à consommer. Toutefois, 62,7 % des élèves sondés ont fait part de l'absence totale de consommation d'alcool dans leur famille. C'est dans le Grand Beyrouth et dans le Mont-Liban que sont observés les taux les plus élevés de consommation d'alcool chez les écoliers sondés, représentant respectivement 48 et 74,3 % de la moyenne nationale. Le Dr Adib met aussi en garde contre la dépendance des adolescents à l'alcool, expliquant que celle-ci « débute lorsqu'un jeune commence à se soûler ». Il indique, à ce propos, que parmi les jeunes qui boivent, 26,8 % se sont déjà soûlés au moins une fois.
Le haschich est la drogue illicite la plus connue par l'échantillon (85 %) et plus de 20 % des écoliers sondés connaissent quelqu'un qui en consomme. C'est aussi la drogue la plus utilisée par l'échantillon, avec une moyenne nationale de 4 % et des taux plus élevés dans le Grand Beyrouth et le Mont-Liban. L'ecstasy occupe la seconde place des drogues consommées par l'échantillon avec un taux d'utilisation de 1,6 %. Si l'enquête n'a pas porté sur la consommation de drogues dures comme la cocaïne et l'héroïne, elle a toutefois démontré que 80 % des écoliers ont déjà entendu parler de la cocaïne et environ 64 % de l'héroïne.
Cette enquête constitue une première nationale. Elle pourrait déjà constituer une base intéressante de données pour la mise en place de solutions et d'une stratégie de prévention contre la toxicomanie. Mais elle gagnerait à être complétée par une étude similaire sur les pratiques des adolescents du même âge en situation de décrochage scolaire face aux substances provoquant la dépendance. Une population à risque, qui constitue environ un tiers des adolescents du pays et qui pourrait bien changer la donne.


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