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Liban - Éclairage

Le Liban à l’heure du rapprochement syro-saoudien

Cette fois, ce n'est plus une image, mais une réalité concrète. Les Libanais ont les yeux fixés sur la Syrie qui accueille en grande pompe le roi Abdallah d'Arabie dans un cortège médiatique d'une ampleur rare dans ce pays. Déjà, les médias saoudiens rappellent les relations excellentes familiales, politiques et économiques qui ont lié pendant longtemps les deux pays et il semble de plus en plus certain que cette visite ouvrira la voie à un réchauffement réel entre eux. Pour le Liban, qui reste le dossier omniprésent, même si nul ne le reconnaît ouvertement, c'est aussi la possibilité de donner un nouvel élan à la genèse du gouvernement d'union nationale. D'ailleurs, la réunion hier du bloc parlementaire « Liban d'abord » a été l'occasion d'un débat animé sur l'opportunité pour le Premier ministre désigné de se rendre à son tour à Damas pour assainir ses relations avec les dirigeants syriens. Selon un des députés présents, tous les membres du bloc ont reconnu le fait que si la Syrie ne peut pas former un gouvernement au Liban, elle peut l'entraver. Pour certains, à leur tête Nohad Machnouk, le Premier ministre aurait tout intérêt à s'y rendre avant la formation. Pour d'autres, au contraire (à leur tête le Premier ministre Fouad Siniora), il ne doit se rendre en Syrie qu'une fois son gouvernement formé, car il pourrait à ce moment-là dépasser les questions personnelles en tant que Premier ministre de tous les Libanais. Le débat est certes un peu vieux, mais la question s'est posée hier, car la visite du roi est devenue imminente. Les partisans de la première thèse estiment que Saad Hariri doit profiter de la présence du roi Abdallah à Damas pour s'y rendre lui-même, car quel meilleur parrainage pourrait-il obtenir pour la réconciliation avec les dirigeants syriens que celui du roi d'Arabie ? Nohad Machnouk va même jusqu'à demander au roi Abdallah de prendre lui-même l'initiative de parrainer une réconciliation entre Saad Hariri et les autorités syriennes. Mais la majorité des membres du bloc ont rejeté cette idée, estimant qu'il sera toujours temps de se rendre en Syrie lorsque la situation se sera clarifiée. Dans le communiqué final, le bloc « Liban d'abord » a toutefois souhaité une accélération dans le processus de formation du gouvernement, estimant que le statu quo actuel ne peut pas se prolonger indéfiniment.
Selon un politicien libanais, qui s'est récemment rendu à Damas et à Djeddah, plusieurs facteurs ont retardé jusqu'à présent la formation du gouvernement. Il y a eu d'abord le nœud iranien, les Iraniens souhaitant garder leurs cartes dans la région, en vue du dialogue avec la communauté occidentale et en particulier avec les États-Unis. Ils tenaient d'autant plus aux cartes du Hamas et du Hezbollah que leurs pronostics électoraux au Liban se sont avérés faux. Le politicien ajoute : Celui qui élit Ahmadinejad contre l'avis du monde entier et même d'une partie de son peuple souhaite-t-il un compromis gouvernemental au Liban avec Saad Hariri comme Premier ministre ? Le politicien poursuit son exposé en affirmant que la Syrie a bien essayé de demander à l'Iran de ne plus bloquer la formation du gouvernement au Liban, mais Téhéran a aussitôt riposté en poussant le Premier ministre irakien à lancer des accusations graves contre la Syrie. Le politicien est en tout cas convaincu que Nouri al-Maliki n'aurait pas lancé de telles accusations contre la Syrie sans l'aval de l'Iran. Se sentant acculé, le président syrien s'est immédiatement rendu en Turquie pour signer un accord stratégique avec ce pays, allant même jusqu'à annuler les visas entre les deux pays. Le Premier ministre turc a encouragé le dirigeant syrien à renouer des liens étroits avec l'Arabie saoudite. L'Irak est en quelque sorte « le Liban de l'Iran » et si la Syrie ne peut en aucun cas accepter que l'Iran devienne le seul joueur au Liban, l'Iran ne peut accepter que la Syrie soit le seul joueur en Irak. Même si ce pays reste d'une importance stratégique pour Damas. La Syrie abrite en effet 1,4 million de Kurdes et 1,5 million de réfugiés irakiens. À la suite de cet accroc, la Syrie, estime le politicien libanais, a choisi de rééquilibrer ses relations avec les pays arabes et l'Iran. Elle souhaite garder ses relations stratégiques avec la République islamique tout en redevenant partie intégrante de son environnement arabe. De son côté, l'Arabie saoudite a compris qu'il est vain de pousser la Syrie à rompre ses liens avec l'Iran, mais elle souhaite que Damas retrouve sa place au sein du monde arabe. L'Iran qui a entamé pour la première fois depuis l'avènement de la République islamique un dialogue direct avec les États-Unis a bien compris les motivations syriennes, et Damas a su ainsi utiliser l'Arabie saoudite et la Turquie pour reprendre l'initiative au Liban. Le nœud iranien a donc été réglé, il reste encore les oppositions égyptienne et américaine. Le politicien libanais précise toutefois que grâce à la nouvelle équation régionale, notamment le réseau d'alliances et de rapprochement entre la Turquie, la Syrie et l'Arabie, alors que l'Iran adopte une neutralité positive, Le Caire et Washington ont moins de moyens qu'auparavant pour entraver la formation du gouvernement. Il reconnaît que l'ambassadrice des États-Unis a mentionné à plusieurs reprises son opposition à la formation d'un gouvernement d'entente sur la base de la formule 15-10-5, mais il estime que depuis le 7 mai 2008 les États-Unis ont beaucoup perdu de leur influence au Liban. Il raconte que l'ambassadrice des États-Unis s'était rendue chez Saad Hariri au lendemain de cet événement et elle lui a demandé ce qu'elle pouvait faire. Le chef de la majorité a alors répondu : « Si vous, ambassadrice des Etats-Unis, me demandez cela, c'est qu'il vaut mieux ne rien faire. » C'est d'ailleurs depuis ce fameux 7 mai que Walid Joumblatt a amorcé son virage politique et, au cours des trois derniers mois, il a laissé entendre à plusieurs reprises qu'il ne donnera pas son accord à un gouvernement uniquement formé de la majorité parlementaire. Mais avec beaucoup de subtilité, le leader druze ne cesse de clamer qu'il reste avec Saad Hariri, indiquant indirectement que ce dernier a lui aussi modifié sa politique et compris les limites de l'appui américain. De son côté, la Syrie a encouragé le Hezbollah à établir des liens avec la Turquie et l'ambassadeur de ce pays a eu récemment une rencontre avec le député membre du bloc de la Résistance, Nawwaf Moussawi.
Tous ces facteurs, estime le politicien libanais, devraient faciliter la formation du gouvernement sur la base 15-10-5, d'autant que les noms ne posent plus de problèmes et que les derniers obstacles résident encore dans la distribution des portefeuilles. L'essentiel pour les Libanais, poursuit le politicien, est de savoir tirer profit du climat actuel régional pour mettre leur pays à l'abri des secousses éventuelles. Mais il ne cache pas son inquiétude pour l'avenir si cette chance-là n'est pas saisie...
Cette fois, ce n'est plus une image, mais une réalité concrète. Les Libanais ont les yeux fixés sur la Syrie qui accueille en grande pompe le roi Abdallah d'Arabie dans un cortège médiatique d'une ampleur rare dans ce pays. Déjà, les médias saoudiens rappellent les relations excellentes familiales, politiques et économiques qui ont lié pendant longtemps les deux pays et il semble de plus en plus certain que cette visite ouvrira la voie à un réchauffement réel entre eux. Pour le Liban, qui reste le dossier omniprésent, même si nul ne le reconnaît ouvertement, c'est aussi la possibilité de donner un nouvel élan à la genèse du gouvernement d'union nationale. D'ailleurs, la réunion hier du...
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