Quand il débarque après avoir passé 18 mois au Japon, le Français ne pense pas au record de George Allison, resté 13 ans en poste, jusqu'en 1947. Il songe à l'importance de battre Blackburn pour gagner du temps face aux sceptiques qui l'annoncent éphémère et se gaussent de la bienvenue cruelle à la sauce tabloïde : « Arsène Who ? ». Wenger arrive dans un club secoué par l'affaire de corruption ayant discrédité George Graham, accueilli par des dirigeants divisés sur sa nomination et qui avaient rejeté sa candidature un an plus tôt. Il doit affronter une campagne calomnieuse des tabloïds dont il sortira vainqueur même si certains chants de supporteurs en conservent l'odeur nauséabonde. Il lui faut convaincre des joueurs sur la défensive.
« C'est difficile de se remettre dans le contexte parce qu'aujourd'hui, chaque entraîneur étranger est accueilli par le tapis rouge. Je peux ressortir des articles où il était expliqué que des étrangers ne gagneraient jamais le championnat », se souvient Wenger.
Ses résultats seront sa meilleure protection. Après la victoire inaugurale à Blackburn, « avec des buts de Ian Wright et de Paul Merson », la saison est encourageante. La deuxième se termine sur un doublé Coupe/championnat. Deux titres de champion, trois autres Coupes d'Angleterre suivront.
Wenger apporte une identité modernisée à un club qui avait la réputation d'ennuyer. Il offre un terrain d'expression à des joueurs d'exception (Dennis Bergkamp, Patrick Vieira, Thierry Henry, Robert Pires...) et un football tourné vers le spectacle. Son duel acrimonieux mais non dénué de respect avec le « parrain » Alex Ferguson fait les délices des supporteurs et des gazettes. Oublié « Arsène Who ? ». Place à « Arsène knows » chanté par Highbury.
Wenger marque aussi le club dans ses structures. Il convainc ses dirigeants de bâtir un centre d'entraînement et surtout un stade ultramoderne, l'Emirates Stadium. Si le club s'en trouve chargé de dettes qui empêchent Wenger de jouer à armes égales dans un marché des transferts inflationniste, le pari de long terme est gagné : Arsenal vit des ressources qu'il génère.
Son zénith, Wenger le voit à la fin de la saison 2003-2004, celle des « Invincibles », jamais battus en championnat : « Personne d'autre n'a fait ça. » Son nadir ? La demi-finale de Ligue des champions en avril dernier, quand ses jeunes pousses se font humilier par Manchester.
Pour la première fois, Wenger doute alors publiquement de la pertinence de sa politique. Car cet échec n'était pas le premier. Le dernier titre remonte à une Coupe d'Angleterre en 2005, année d'une finale perdue de Ligue des champions. Depuis, en championnat comme en Ligue des champions, les « Gunners » ne pèsent plus du même poids.
Les Cassandre annoncent sa sortie du « Big Four » et Wenger est remis en cause pour la première fois. Le Français doit vite renouer avec le succès : « Pour moi, le long terme est de plus en plus court », plaisante un Wenger plus énigmatique que jamais sur son avenir.

