Pour constater ensuite qu'en fait la dérive découle du fait patent que le Liban se trouve désormais lié au-dehors plus que jamais dans son histoire, pourtant peu traversée d'éclairs d'indépendance effective. Le pays se trouve instrumentalisé de tous côtés, dans les bras de fer que se livrent les Américains, les Syriens, les Iraniens, les Israéliens, mais également les Arabes modérés, Égypte et Arabie saoudite en tête, les Palestiniens, les Irakiens, voire les Turcs, les Afghans ou les Yéménites. Magnétisées par les uns ou par les autres, les forces politiques libanaises restent toutes sous influence. C'est ce que résume le président Nabih Berry, quand il soutient que la solution de la crise libanaise passe par l'équation S.S., c'est-à-dire, en arabe, par la Syrie et par l'Arabie saoudite (Souriya, Saoudiya). C'est-à-dire qu'il faut attendre, pour un dénouement local, une réconciliation définitive entre ces deux puissances, dont les relations, après un intermède de réchauffement, se sont de nouveau refroidies. C'est pourquoi les pôles locaux en privé, mais parfois aussi en public, avouent que la situation politique interne reste tributaire des développements extérieurs.
Walid Joumblatt réagit en insistant pour une formation rapide du gouvernement en vue, justement, de prévenir les retombées de ces développements. Précisant qu'il y a lieu de craindre qu'Israël ne mette à profit le vide institutionnel libanais pour lancer une nouvelle agression contre notre pays. Le mouvement Amal est exactement sur la même longueur d'onde. La délégation de ce parti qui a visité Joumblatt a même souligné la nécessité de soutenir les efforts du Premier ministre désigné, Saad Hariri. Mais d'autres prosyriens lui mettent toujours des bâtons dans les roues. L'on apprend que Joumblatt se propose de soumettre à Hariri un arrangement ministériel, dont il n'a pas voulu, à ce stade, préciser les contours. En tout cas, il coopère avec Berry sur base de la 15-10-5. Mais des composantes du 14 Mars jugent que cette équation est devenue caduque après l'échec de la première tentative de Hariri. Le Premier ministre désigné indique pour sa part qu'il redémarre sans aucun a priori, sans rien d'arrêté, sans aucune solution dessinée d'avance. Il se forgera une opinion à l'issue de ses cinq jours de consultations parlementaires et de ses concertations avec les partis.
Le président Michel Sleiman devrait pouvoir, le cas échéant, rapprocher les points de vue ou même arbitrer. Pour le moment, les visiteurs de Baabda notent que le 14 Mars et le 8 Mars tentent de l'attirer dans leurs sphères respectives, ajoutant qu'il ne veut prendre parti pour personne. Président de consensus, il ne souscrira qu'à un cabinet de coalition nationale en raison de la gravité de la phase présente.


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