À 23 ans, la nouvelle star de l'athlétisme s'appuie sur un gabarit hors du commun de 1m96 propulsé par une foulée de 2m70.
« Maintenant, tout le monde me parle de passer sur 400 mètres. Mais jusqu'où voulez-vous que j'aille ? » s'amuse-t-il à répondre à ses interlocuteurs curieux de le voir courir encore plus loin et toujours aussi vite.
À la question de savoir si Bolt excellerait hors de ses couloirs de prédilection sur 100 m et 200 m, son entraîneur Glen Mills lâche : « Sur 300 mètres, il vaut actuellement 31 secondes. »
Par jeu bien plus que par ignorance, Mills ne s'avance pas 100 mètres plus loin tout en sachant que son poulain avalait le 400 m en 45''35 à 17 ans.
Établi à 43''18, le record du monde du 400 appartient depuis 1999 à Michael Johnson, dont le record du 200, alors vieux de 12 ans, n'a pas résisté à Bolt aux Jeux olympiques de Pékin l'an dernier.
D'autres raffoleraient d'un défi sur 800 m face à Kenenisa Bekele, le quadruple champion du monde sur 10 000 m. Le sprinteur s'en amuse : « Sur 600 mètres, cela devrait aller. Après, je serais vite dépassé. »
Il aime la longueur
Frais champion du monde sur 1 500 m, Youssef Saad Kamel verrait bien le Jamaïquain s'attaquer à des distances supérieures : « Sur 400 m, il serait très bon. Sur 800 m aussi, avec de moindres prétentions. Grand, costaud, doté d'un style efficace et d'un mental sans faille, il en a toutes les qualités. »
Toujours recordman du monde en hauteur avec 2m45, Javier Sotomayor, consultant pour une chaîne cubaine, l'imagine enrouler des barres : « S'il avait acquis la technique petit, il aurait aujourd'hui, où le niveau de la hauteur est assez bas, toutes ses chances. »
Comme la longueur réussit parfois aux sprinteurs, l'Américain Mike Powell, champion du monde en 1991 et 1993, et détenteur du record du monde, catapulte Bolt « bien au-delà des 8 mètres ».
« La longueur, j'aimais bien en faire au lycée, répond le Jamaïquain, plutôt partant. Maintenant, c'est à mon coach de décider. Quant au triple saut, c'est trop mauvais pour mes genoux et tendons. »
Joueur de cricket avant de se lancer à fond dans le sprint, Usain Bolt présente aussi des dispositions pour lancer.
« Taillé comme un lanceur de disque, il a une allonge incroyable. Il pourrait être bien aussi au javelot. Bref, il serait top au décathlon où son souci serait la perche », extrapole Alain Blondel, champion d'Europe de décathlon en 1994.
Devenu organisateur de deux meetings en Allemagne, le Français rappelle cependant que le plaisir est le moteur du succès du Jamaïquain.
« Bolt fait ce qu'il fait parce qu'il s'amuse. Tant qu'il continuera à s'amuser, il ira vite. Mais je ne l'imagine pas réussir sur une autre épreuve s'il n'y va pas avant tout pour s'amuser. »

