Cette proposition, qualifiée par Mme Younan d'« extrêmement évoluée », présente plusieurs particularités. « Elle concerne tous les Libanais sans exception et n'est pas destinée à une communauté en particulier », car, tient-elle à préciser, « la loi sur le statut personnel n'est pas l'affaire des communautés religieuses ». « Elle protège les droits des personnes d'appartenances différentes qui s'aiment » et désirent contracter un mariage mixte. « Elle respecte les droits de l'homme, de la femme, de l'enfant et de la famille élargie » et instaure « la justice familiale ». « Elle protège l'enfant du divorce, qui est aujourd'hui un objet au sein d'une société patriarcale », et prône « la justice au niveau de l'héritage ». Cette proposition met en place « des tribunaux civils », envisage une loi « en cas de divorce et de séparation », ainsi que « la médiation familiale » en cas de conflit. « Une loi se doit d'être préventive, elle doit avoir une vision de l'avenir et comprendre la nature humaine, elle doit aussi être intelligente et juste », souligne Ogarit Younan à ce propos avant d'insister sur la nécessité « d'une loi de l'État libanais qui se situerait à côté des lois communautaires et qui serait facultative ».
Aujourd'hui, affirme la militante, « le dossier a atteint un point de non-retour. Tous les jours, davantage de Libanais partent à l'étranger se marier civilement. Tous les jours, ils désobéissent à la justice et au vide juridique, parce que la loi qu'ils attendent n'a pas été mise en place par le Parlement ». « Tout ce que les communautés religieuses peuvent faire, estime-t-elle, même si elles veulent empêcher cette loi, c'est de ralentir le processus et de pousser les Libanais à la fraude, car elles veulent garder les pleins pouvoirs sur leurs communautés, ayant elles-mêmes mis en place leurs propres lois sur le statut personnel, reconnues par l'État. » « Mais tôt ou tard, poursuit-elle, les citoyens auront la liberté de choix, car la loi sur le statut personnel est un de leurs droits les plus essentiels. Un droit qui demeure tabou, tant au niveau social que religieux. »
Ogarit Younan et Walid Slaybi entendent bien faire bouger les choses et la société civile.

