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Législatives : juin 2009 - Pour aller plus loin

Chômage gouvernemental bien avant le ramadan

Il y a bien encore quelques optimistes irréductibles, mais la plupart des Libanais sont désormais convaincus qu'ils n'auront pas un nouveau gouvernement de sitôt.
Officiellement, c'est le « nœud Gebran Bassil » qui entrave la naissance de l'équipe exécutive tant attendue. Mais même si le général Michel Aoun a haussé hier le ton, au cours d'une conférence de presse qui a duré plus de 75 minutes, attaquant pratiquement l'ensemble de la classe politique traditionnelle et assurant que son gendre sera ministre dans le prochain gouvernement envers et contre tous, nul ne peut croire que ce problème peut entraver un accord régional et international, même s'il est de nature, il est vrai, à radicaliser les positions internes. Mais comme à chaque début de semaine, depuis plus d'un mois, ceux qui évoluent dans les coulisses politiques annoncent une semaine décisive pour la formation du gouvernement ; soit la naissance est officialisée, soit elle sera reportée pour une durée indéterminée, après la fête du ramadan ou même jusqu'à la rentrée scolaire. Que dire d'autre en effet à une opinion publique de plus en plus blasée ? Que les parties internes n'ont pas encore reçu un feu vert régional et international pour former le gouvernement, comme le laisse entendre le général Aoun, ou qu'elles sont incapables de trouver un compromis en une période aussi délicate localement et régionalement ?
L'événement du jour, hier, était donc la conférence de presse du général Aoun, annoncée depuis quelques jours déjà et destinée, selon lui, à répondre à la campagne orchestrée contre le CPL par le camp du 14 Mars, pour le présenter comme le seul « empêcheur de former un gouvernement ». Selon des sources proches de Rabieh, plus de 30 pages de déclarations de divers membres du Bloc du futur ont été recensées au cours des dernières semaines, consacrées à attaquer le chef du CPL. Soit il s'agit d'une campagne menée en toute connaissance de cause, dit ce dernier, soit les membres du Courant du futur prennent la parole sans en avertir leur chef, le Premier ministre désigné. Dans les deux cas, dit-il, ce dernier est responsable. C'est pourquoi le général Aoun a pratiquement décliné l'invitation à déjeuner que lui avait adressée Saad Hariri, par le biais de son cousin et chef de cabinet Nader Hariri, pour aujourd'hui, mardi. Certaines sources du CPL estiment d'ailleurs que cette invitation, qui a été adressée vendredi, était destinée à pousser le général à reporter sa conférence de presse. Mais ce dernier ayant maintenu le rendez-vous avec les médias et ayant multiplié les critiques contre, entre autres, Hariri lui-même, qui, selon les termes du chef du CPL, fait des séjours à l'étranger sans donner d'explications aux Libanais, il semble difficile de croire que l'invitation tient toujours.
Aoun a donc exigé l'arrêt des campagnes menées contre lui par le courant et le bloc de Hariri, tout comme il a réclamé l'octroi du portefeuille des Télécommunications à Gebran Bassil et l'obtention du portefeuille de l'Intérieur pour son bloc parlementaire. Il a aussi estimé que la formule 15-10-5 n'est plus adéquate, après la nouvelle position de Walid Joumblatt.
Les réactions ne se sont pas fait attendre. Hariri a commencé par publier un communiqué dans lequel il a rappelé qu'il ne viole pas la Constitution et ne dépasse pas ses prérogatives, ajoutant que si chaque partie a le droit d'exprimer ses revendications, c'est à lui-même et au chef de l'État que revient la responsabilité de former le gouvernement. Le député Boutros Harb a, lui, été bien plus violent, qualifiant les propos du général Aoun « d'insultants » et le ton utilisé par le chef du CPL comme l'indice de la nécessité pour ce dernier de se soumettre à un traitement médical. Walid Joumblatt, lui, s'est contenté de rappeler que la formule 15-10-5 reste la seule valable, tout en annonçant qu'il s'abstiendrait de faire des déclarations politiques pendant toute la durée du mois de ramadan, rejoignant ainsi Nabih Berry dans son jeûne verbal.
Dans ce climat politique tendu, nécessaire pour justifier le retard dans la formation du gouvernement et pour combler le vide politique, sans pour autant mettre en danger la paix civile, il devient difficile de croire à un miracle au cours des prochains jours et avant le début du jeûne du ramadan prévu pour la fin de la semaine. C'est d'ailleurs ce qui a poussé le président de la République à affirmer pour la première fois qu'un gouvernement d'entente nationale, même si sa formation doit prendre du temps, est préférable à un gouvernement de fait accompli.
Le chef de l'État a ainsi en quelque sorte annoncé la couleur, tout en se voulant rassurant, affirmant que la formation d'un gouvernement d'entente nationale - qui équivaut à une sorte de nouvel accord politique entre les parties libanaises - doit prendre du temps. Il est vrai qu'en dépit des campagnes médiatiques, les problèmes internes qui entravent la formation du gouvernement sont nombreux. Il y a bien sûr les exigences du général Aoun, qui a accepté quand même de réduire le nombre de ses ministres de six à cinq, à condition de recevoir un portefeuille régalien en plus des Télécommunications pour Bassil. Mais il y a aussi le nœud de Batroun, puisque Bassil est originaire de ce caza, ainsi que le ministrable FL, Imad Wakim, et Boutros Harb qui se considère prioritaire si le Premier ministre pressenti souhaite intégrer dans son équipe de ministres une personnalité de cette région. Il y a aussi le problème représenté par l'émir Talal Arslane qui exige un portefeuille pour lui ou un membre de son parti, se considérant comme un des piliers de l'opposition et estimant qu'il mérite cette compensation après avoir largement contribué au rapprochement entre le Hezbollah et le chef du PSP Walid Joumblatt. Mais avec dix ministres, cinq pour Aoun et cinq pour le bloc Hezbollah-Amal, l'opposition n'a pas de place pour l'émir ou un des siens. Il y a aussi le problème de Tripoli. Parmi les cinq ministres sunnites choisis par Saad Hariri (le sixième étant compté dans la part du président), Nagib Mikati souhaite avoir un représentant, ainsi que Mohammad Safadi. Or, Hariri aurait voulu donner le ministère de la Justice à Samir Jisr, lui aussi originaire de Tripoli. Si cette ville est ainsi représentée par trois ministres, que restera-t-il pour les autres régions sunnites ? Enfin, il y a encore le problème posé par les Kataëb et les FL qui veulent chacun deux portefeuilles, alors que Saad Hariri lui aussi voudrait se faire représenter par des ministres chrétiens, sans compter les personnalités chrétiennes dites indépendantes et intégrées au 14 Mars...
Mais en plus de ces obstacles qui pourraient ne pas être insurmontables s'il existe une volonté réelle de les surmonter, les circonstances régionales ne semblent pas pousser à l'accélération du processus. Plusieurs échéances sont attendues au cours des prochaines semaines, comme l'évolution du dialogue interpalestinien sous la houlette de l'Égypte, les prémices du dialogue irano-américain, l'éventuelle publication de l'acte d'accusation du TSL, les efforts déployés par l'émissaire du président américain George Mitchell pour une relance des négociations israélo-palestiniennes, l'éventuelle reprise des négociations indirectes entre Damas et Tel-Aviv, le sort de l'accord sécuritaire entre l'Irak et les États-Unis... Le monde étant occupé ailleurs, le gouvernement d'entente au Liban peut donc attendre.
Officiellement, c'est le « nœud Gebran Bassil » qui entrave la naissance de l'équipe exécutive tant attendue. Mais même si le général Michel Aoun a haussé hier le ton, au cours d'une conférence de presse qui a duré plus de 75 minutes, attaquant pratiquement l'ensemble de la classe politique traditionnelle et assurant que son gendre sera ministre dans le prochain gouvernement envers et contre tous, nul ne peut croire que ce problème peut entraver un accord régional et international, même s'il est de nature, il est vrai, à radicaliser les positions internes. Mais comme à chaque début de semaine, depuis plus d'un mois, ceux qui évoluent dans les coulisses politiques annoncent une semaine décisive pour la...