Les responsables du Hezbollah, en particulier, se sont donné le mot au cours du week-end écoulé pour multiplier les déclarations dubitatives destinées à faire croire qu'eux-mêmes sont à l'écart de cette tambouille et qu'ils ne voudraient qu'une chose, c'est que le gouvernement soit formé dans les plus brefs délais.
En réalité - et c'est le sentiment laissé dans les milieux politiques par le discours du secrétaire général du Hezb, Hassan Nasrallah, vendredi dernier -, le parti de Dieu semble effectivement pressé, car il craint qu'à la longue, le jeu des interventions extérieures ne finisse par imposer au nouveau gouvernement davantage de clarté pour ce qui est de sa politique au Liban-Sud.
Car c'est bien là que le bât blesse. En dépit de tout ce qui a été dit jusqu'ici à ce sujet, il semble, en effet, qu'au-delà du nœud Gebran Bassil, pourtant réel, l'obstacle majeur réside dans l'absence d'accord politique digne de ce nom entre les composantes du cabinet en gestation.
Et ce désaccord se traduit par le fait qu'aux interrogations des diplomates étrangers sur le choix que fera le prochain gouvernement entre ces deux contraires que sont le respect de la résolution 1701 et la promotion de la résistance et de son arsenal, il n'y a pas encore de réponse claire de la part des responsables libanais.
Pour le Hezbollah, le scénario idéal serait de reprendre, dans les mêmes termes, le texte de la déclaration ministérielle du cabinet sortant relatif à cette question. Or justement, la phraséologie utilisée à l'époque de la formation du gouvernement en place (on venait de sortir du 7 mai et de Doha) consistait à noyer le poisson. Aujourd'hui, les pressions sont de plus en fortes pour qu'il ne le soit plus.
À côté de ce problème, il reste naturellement le nœud Bassil, qui est en fait le nœud Aoun. Dans les milieux du Premier ministre désigné, on rappelle que ce dernier ne peut pas être considéré comme une simple boîte postale pour ce qui est du choix des ministres. Si les blocs parlementaires ont la possibilité de pouvoir proposer, il revient au chef du gouvernement, en accord avec le président de la République, de disposer.
Le chef du CPL doit se prononcer ce lundi, lors d'une conférence de presse, sur l'ensemble de la question, d'autant qu'il plaide en outre pour un ministère-clé, mais ses lieutenants ont déjà donné le ton hier en réclamant rien moins qu'un retour à la case départ. En effet, ont-il décrété, il n'y a plus de majorité dans le pays.
C'est aller un peu vite en besogne dans la mesure où les troupes de Walid Joumblatt continuent d'affirmer publiquement leur affiliation à la majorité tant au sein du gouvernement qu'à la Chambre.
Quant au chef du PSP lui-même, il a poursuivi hier son processus de recentrage en se livrant à des contorsions particulièrement douloureuses, faisant pêle-mêle l'éloge de la réconciliation druzo-chrétienne, de Rafic Hariri, du 14 mars 2005 et de ...la « Résistance ».
Le mot de la fin appartiendra cependant au patriarche Nasrallah Sfeir : certains hommes politiques libanais continuent de privilégier leur intérêt particulier à celui du pays, a-t-il simplement noté dans son homélie du dimanche.


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