Autant de questions vitales auxquelles il est encore trop tôt d'apporter des réponses tranchées. Si le leader du PSP va jusqu'au bout de son repositionnement, il sera alors évident que la formule ministérielle 15-10-5 ne sera plus de mise, puisque le camp du 8 Mars pourrait alors compter sur l'apport des ministres du PSP, ce qui bouleverserait carrément le délicat équilibre des forces au sein de l'Exécutif. De sorte qu'hier soir, certains milieux politiques soulignaient que les actions d'un gouvernement de technocrates, transcendant le clivage 14 Mars/8 Mars, sont nettement en hausse. Cette formule de cabinet de technocrates pourrait ainsi être adoptée pour assurer la gestion des affaires publiques, notamment au niveau des préoccupations quotidiennes de la population, dans l'attente que se décante davantage la conjoncture politique aussi bien sur le plan local que régional.
Une équipe de technocrates aurait aussi pour avantage de surmonter les obstacles qui continuent d'entraver la mise sur pied d'un gouvernement sur base de l'équation 15-10-5. Car indépendamment de la position de Walid Joumblatt, les entraves causées par l'attitude du chef du CPL, Michel Aoun, empêchent le Premier ministre désigné de clore le dossier de la composition du cabinet. Il se confirme en effet que parallèlement à son insistance à obtenir l'entrée au gouvernement de son gendre Gebran Bassil (pour le portefeuille des Télécoms), le chef du CPL réclame soit le ministère de l'Intérieur, soir le ministère des Finances. Cette condition est jugée rédhibitoire par les milieux du 14 Mars car, en toute vraisemblance, le chef de l'État souhaiterait nommer l'un de ses proches (en l'occurrence le ministre sortant Ziyad Baroud) à l'Intérieur, alors que le Courant du futur ne saurait facilement se départir des Finances.
L'attitude du général Aoun paraît ainsi nettement obstructionniste et le chef du CPL miserait sur la bienveillance de ses alliés chiites (qui ont besoin de la précieuse couverture chrétienne qu'il leur apporte) pour placer la barre très haut. Dans ce cadre, le général Aoun semble se livrer à un véritable jeu de bras de fer avec le Premier ministre désigné. Ses milieux affirment ainsi que le CPL n'a pas encore abordé le dossier des noms des ministrables avec M. Hariri. Le général Aoun chercherait à manœuvrer en accordant, pour l'heure, la priorité à la distribution des portefeuilles pour tenter de « monnayer » certains noms en contrepartie de l'obtention de ministères-clés. À l'évidence, de telles manœuvres nécessitent un laps de temps supplémentaire, si bien qu'avant même la prise de position de Walid Joumblatt, hier, l'impression qui prévalait en fin de semaine dans les cercles politiques était que le processus de formation du gouvernement risquait de se prolonger encore plusieurs jours.
Un tel retard est aujourd'hui encore plus envisageable à la lumière des derniers propos tenus par le leader du PSP. Car même une formule de gouvernement de technocrates nécessite des tractations en coulisses afin de tâter le terrain à cet égard au niveau des principales formations politiques du pays. De là à affirmer que le Premier ministre désigné risque de se voir retourner à la case départ, il n'y a qu'un pas que certains observateurs ne manquent pas de franchir.


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