En d'autres termes, la situation se résume ainsi : la minorité parlementaire refuse de participer à un gouvernement dans lequel elle n'aurait pas le tiers de blocage caché ou déclaré, la majorité parlementaire refuse de former un gouvernement où la minorité aurait un tiers de blocage déclaré ou tacite et la partie qui pourrait arrondir les angles et fournir les solutions, à savoir la présidence de la République, refuse de se laisser utiliser et marginaliser en vidant son rôle potentiel de son véritable contenu. Pourtant, la formule magique pourrait être à portée de main si les deux camps rivaux acceptaient de laisser le chef de l'État choisir ses propres ministres, affirment les proches de Baabda. Mais pour la majorité et la minorité justement, il s'agit d'une question de confiance : la majorité estime qu'ayant remporté les élections, elle a le droit d'exiger que cela se concrétise dans la formation du gouvernement et la minorité rétorque que face aux menaces qui pèsent sur la région, elle ne peut pas accepter moins que la garantie représentée par onze ministres sur trente. À ceux qui croient voir des signes de divisions au sein de la minorité, des sources proches de celle-ci répondent que ses piliers défendent la même logique, mais chacun à sa manière. Lorsque le général Aoun réclame 6ministres pour son bloc, il exclut les ministres chiites d'Amal et du Hezbollah qui doivent être au nombre de 5, ce qui ramène au chiffre 11. Le Hezbollah et Amal préfèrent parler de « participation effective » qui ne saurait toutefois se concrétiser qu'à travers le « tiers de garantie », donc onze ministres sur trente. En tout cas, Berry veut trois ministres et le Hezbollah deux en raison de la gravité des échéances à venir. Ce qui confirme le chiffre de 5 ministres au bloc Amal-Hezbollah...
Bref, le débat interne tourne en rond et rien n'indique que les protagonistes sont prêts à jeter du lest. En temps normal, une telle impasse interne constituerait un terrain fertile pour une intervention extérieure. Mais la situation régionale et internationale est telle que nul n'est prêt à intervenir pour l'instant. Les contacts syro-saoudiens semblent gelés en attendant le retour du roi d'Arabie de son séjour au Maroc puis aux États-Unis, les Égyptiens poursuivent leur traque de « la cellule Hezbollah », en déférant les suspects devant un tribunal spécial pour bien montrer qu'ils continuent à refuser tout rapprochement avec la Syrie et l'Iran, et les « fuites » sur le contenu de l'acte d'accusation du TSL continuent à être publiées dans les médias. Dans ce contexte complexe, rien n'indique que les relations régionales et internationales se dirigent vers une détente réelle qui devrait rejaillir sur le Liban. Si l'ouverture occidentale en direction de la Syrie se précise, le ton de la communauté internationale avec l'Iran reste mitigé et apparemment la « patience des États-Unis » ne devrait pas aller au-delà de l'automne ou au plus tard de la fin de 2009. Mais face au durcissement des positions internes libanaises, la formation du gouvernement d'union pourrait à la longue devenir, malgré les réticences, une carte entre les mains des joueurs régionaux et internationaux. Qui sera le plus habile joueur qui remportera la mise ? Il est trop tôt pour le dire, mais le Liban ne sort certainement pas grandi de ces tractations stériles, qui ne parviennent plus à convaincre même les plus irréductibles partisans de « la libanisation de l'échéance gouvernementale ».


Cessez-le-feu : entre le non de Tel-Aviv et l’insistance de Beyrouth, Washington pour un retour à l’avant mars 2026