Quatre musiciens l'accompagnent sur une orchestration légère. Un mélange de joie et de tristesse qui fait mouche dès les premières mesures.
Et cette voix, à la fois fragile et assurée, qui touche instantanément, avec la tendresse d'une caresse. Qu'elle revisite, avec feeling, les grands standards ou pioche dans ses propres compositions, lady Maddie est divine dans les rengaines sentimentales infiniment bleutées. Parmi ses influences musicales, elle cite, à la chaîne, Billie Holiday, Bessie Smith, Édith Piaf, Leonard Cogen, Johnny Mercer, Charlie Chaplin, Serge Gainsbourg et Bob Dylan.
Du grand Cohen, elle offrira d'ailleurs un Dance me to the end of Love très réussi. Salutaire également son interprétation de La Javanaise de Gainsbourg. Sa Vie en rose, suscite l'enthousiasme du public qui en redemande. « Je vois que vous aimez les chansons françaises. La prochaine fois peut-être. »
Cette chanteuse de jazz américaine est aussi guitariste et parolière émérite. Elle fait vibrer le public avec ses meilleurs titres tirés de ses albums Dreamland, Careless Love, ou encore Half the Perfect World, sans oublier son dernier opus Bare Bones. La jeune femme retrace dans ce magnifique album, son histoire, celle de cette adolescente errant hagarde dans les rues, chantant dans le métro, et rencontrant des musiciens sur les trottoirs. Ainsi elle rend hommage à travers Our Lady of Pigalle à ses « amis » de Pigalle qui lui ont appris la guitare. Elle se confiait récemment à ce sujet : « J'essaie de provoquer les questions universelles qui sont au cœur de la religion et de la philosophie, disait-elle à la presse française a l'occasion de son come back à l'Olympia. Pouvoir vivre sans tension l'absence d'espoir, admettre que les choses aient une fin. Ces considérations transparaissent aussi dans des chansons comme I Must Be Saved ou Our Lady of Pigalle, où il y a l'idée de salut. »
Peyroux nous invite à apprécier les petites choses de la vie, Getting some fun out of life, Don't wait too long, Smile. Elle parle également de la vie dans la rue, Playin et Homeless Happiness (à Paris, elle a été musicienne de rue) et nous enjoint de profiter du moment présent et des gens qu'on aime (Always a use, I must be saved).
Elle parle également de la mort (Prayer) de l'alcoolisme (River of tears) et de la solitude (Lonesome Road).
Madeleine Peyroux aura fait preuve ce soir-là d'une sensibilité, d'une maturité, d'une générosité et d'une inspiration à fleur de peau.
Un concert intimiste et minimaliste, émouvant et réconfortant, dans lequel on se laisse glisser volontiers. Et qui laisse, inexorablement, un certain goût suranné de vieux 33 tours de blues.

