Liban

Ortosias surgit des décombres de Nahr el-Bared pour y être aussitôt enterrée

Après Porphyreon, à Jiyeh, c'est Ortosias, au nord de Tripoli, qui surgit de la terre. Mais à peine émergée d'un long sommeil, la vieille cité, où Tryphon fuyant la Judée s'était réfugié avant de prendre la route d'Apamée, sera réenfouie, par décision du gouvernement Siniora. Drôle de décision : il y a évidemment des impératifs économiques et politiques à respecter, mais faudrait-il pour autant dépouiller le Liban de sa mémoire et faire fi de son héritage ?
May MAKAREM | OLJ
22/07/2009
L'archéologie continue à révéler de nouveaux éléments sur l'histoire de la région. Ainsi, lors des opérations de déblayage et de déminage entrepris au nord de Tripoli dans le camp palestinien de Nahr el-Bared par l'armée libanaise, des stylobates ornés de moulures surgissent du milieu de la terre. Avertie de la découverte, une équipe de la Direction générale des antiquités (DGA) investit les lieux et mène des travaux de fouilles qui mettent au jour des grosses colonnes de granite et les vestiges d'un bâtiment antique. Les investigations opérées sur une parcelle du terrain laissent supposer qu'il s'agit du tell Ortosias, cité antique signalée par Strabon, Ptolémée et autres sources anciennes. Datant de la période hellénistique, occupée du temps des Romains et des Byzantins, Ortosias, à l'instar des cités de Tyr, Sidon, Berytus, Byblos et Batroun, émettait sa propre monnaie.
Par décision du Conseil des ministres, le  site, qui pourrait constituer une étape touristique importante pour le Liban-Nord, va être englouti « sous un remblai d'un mètre de haut », indique Frédéric Husseini, directeur général des Antiquités. La reconstruction du camp palestinien ne pouvant être gelée, le gouvernement de Fouad Siniora a décidé de « suspendre les excavations afin de maintenir la situation en l'état comme cela est pratiqué à l'échelle internationale », a dit le communiqué du ministre de la Culture, Tammam Salam, ajoutant que « la reconstruction se fera conformément à des méthodes d'ingénierie qui prévoient de ne pas creuser de fondations à des immeubles et d'opter pour une dalle de béton construite au-dessus du remblai, évitant ainsi d'endommager les vestiges... »
Un site archéologique est aujourd'hui sacrifié parce que l'État ne veut ni ne peut, apparemment, prendre la décision d'exproprier une petite  portion d'un terrain de  450 000 m2 de superficie !   

Les bains de l'hippodrome et les 16 tombes islamiques  
Ce même Conseil des ministres ne tranche pas non plus sur le sort de l'hippodrome romain de Wadi Abou Jmil mis au jour sur une parcelle de terrain appartenant à la société Solidere. « C'est toujours le statu quo », affirme le directeur des Antiquités.  Entre-temps, le périmètre continue à révéler de nouvelles  structures qui  font partie intégrante du complexe de l'hippodrome : des fondations de six mètres de large en relation avec les gradins et une partie des thermes, notamment le caldarium (pour y prendre un bain très chaud) et le tépidarium (une salle à température tiède mais sans bassin). Ces découvertes occupent 40 % de la superficie d'un terrain de 1 200 m2 (bien-fonds 1379) appartenant  à une société koweïtienne. «Leur  préservation in situ relève de la décision du ministre de la Culture et du directeur des Antiquités », signale Hans Curver, archéologue responsable auprès de Solidere. « Selon la loi des Antiquités, l'archéologie est la propriété de l'État », affirme un spécialiste, qui rappelle que « de nombreuses excavations ont été sacrifiées pour l'extension d'une ville, que de nombreux monuments illustrant des pages importantes de notre mémoire ont été rasés sans remords. Il serait impardonnable aujourd'hui de traiter avec désinvolture des découvertes aussi majeures que celles  de la cité d'Ortosias, du circus et de ses bâtiments publics. Notre devoir serait de les conserver coûte que coûte in situ ».
Parallèlement à Wadi Abou Jmil, le sous-sol de la place Riad el-Solh a déroulé les vestiges d'une muraille dont la datation n'a pas encore été livrée par les spécialistes, mais qui pourraient être les restes de la muraille de la ville de Fakhreddine. Menant plus loin leurs explorations, les archéologues ont aussi déterré des installations funéraires byzantines et omeyyades, notamment 16 tombes islamiques renfermant des squelettes humains, les têtes orientées vers La Mecque, les pieds vers l'Est. Une première à Beyrouth.  
Ainsi, le Liban n'en finit pas de dévoiler ses trésors enfouis depuis des millénaires et d'engranger une moisson de découvertes qui permettent de décrypter l'environnement dans lequel vivait l'homme depuis la Haute Antiquité. Mais nos gouvernants ne considèrent pas les choses sous le même angle. Pour eux, il semblerait que l'archéologie ne soit qu'un amas de pierres et d'os, rébarbatif, inutile et, tout simplement, à jeter.

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