Mais il y a une raison pour laquelle le sentiment généralisé de statu quo continue de prévaloir auprès de la population, malgré les progrès sur le terrain : c'est que la plupart de ces stations, à l'exception d'une, ne sont pas opérationnelles... parce que les réseaux d'égouts n'y ont pas été reliés. Faute de financement. En effet, on prend les prêts qu'on peut, et ceux réservés aux uns précèdent parfois ceux des autres. Il ne faut pas chercher la logique dans tout cela, juste espérer que la pollution du littoral sera traitée avant que toutes les espèces vivantes de la côte libanaise ne disparaissent, la pollution de notre littoral étant principalement de nature microbiologique, selon les différents rapports rédigés sur la question dans le pays.
La grande opération de construction du réseau des stations d'épuration des eaux usées, côtières et internes, suivant son chemin, lentement mais sûrement - nos dirigeants doivent être des lecteurs assidus de la fable de La Fontaine Le lièvre et la tortue - il n'en reste pas moins que bon nombre d'habitants de différentes régions voient régulièrement leur vie pourrie par la proximité d'égouts à ciel ouvert, un problème qui, apparemment, n'intéresse personne.
C'est ainsi que des habitants de Beit-Chabab nous ont récemment fait parvenir une plainte sur des égouts à ciel ouvert qui ont transformé un petit cours d'eau, au tout début du village, en une mare d'eau stagnante et noire. La raison ? La construction d'un immeuble à proximité.
Qu'est-ce que cela a à voir, diriez-vous ? Comme tout est toujours étudié à merveille au Liban, la construction de cet immeuble a provoqué la rupture d'égouts provenant d'un village à proximité, et qui étaient supposés passer sous le ruisseau. Dorénavant, les eaux usées sont le ruisseau.
Un malheur ne venant jamais seul, le promoteur à qui l'on doit cette merveille architecturale toute en béton a décidé de balancer tous les remblais vers la vallée où se trouve le ruisseau en question... l'inondant littéralement et le faisant quasiment disparaître avec son lot de pollution malodorante.
Jamais deux sans trois. Ces mêmes témoins nous parlent d'un magnifique arbre abattu à l'entrée de Beit-Chabab, à proximité du chantier en question. Édifiant.
Et les habitants de supporter d'un coup la dégradation du paysage qui les entoure, dans un village connu pour sa beauté, et les désagréments des égouts à proximité, qui ne leur laissent pas de répit.
Absurde ? Révoltant ? Inacceptable ? Les qualificatifs ne manquent pas si on décide d'en utiliser pour décrire ce manque de civisme et d'urbanisme effarant. Ou alors on peut prendre l'affaire avec philosophie et se dire que c'est le cas dans beaucoup de localités, et que ces anomalies se poursuivent dans l'indifférence - ou la complicité - totale des autorités locales et centrales.
Et dans les deux cas, c'est triste. Triste que l'on réagisse si peu souvent à de telles agressions contre le bien-être de la population et son droit à un environnement propre.
Parce que après tout, c'est d'agressions - de petites agressions quotidiennes entre citoyens - qu'il s'agit.


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