Un seul rapport de chiffres suffit pour illustrer l'ampleur de cette chute : aux législatives de 2005, le différentiel entre le score personnel du général et celui de son adversaire le mieux placé, Mansour el-Bone, s'établissait à 19 463 voix. En 2009, ce différentiel n'est plus que de 2 750 voix.
Comparativement, les quatre colistiers du chef du CPL, qui étaient, dans l'ensemble, assez loin derrière lui en 2005, enregistrent, quatre ans après, un déclin nettement moins brutal. Près de 8 400 voix séparaient en 2005 le score du général de celui de Gilberte Zouein, dernière de sa liste. Aujourd'hui, la marge entre eux a été réduite à quelque 1 400 voix. Elle est de moins de 500 si l'on prend en compte le candidat arrivé en second, Farid Élias el-Khazen.
Cette évolution tend à montrer que si le aounisme a reculé au Kesrouan - et cela ne fait aucun doute -, son recul est moins amplifié que celui de l'image personnelle de Michel Aoun.
Mais cela peut vouloir dire aussi que le plébiscite politique dont avait bénéficié Michel Aoun en 2005 a tout simplement cédé la place à un vote qui, tout en restant dans le giron de la contestation aouniste, renoue avec la tradition familiale bien ancrée au Kesrouan. Après tout, les colistiers du général appartiennent à des familles ayant pignon sur rue dans cette région.
Lors du scrutin précédent, le chef du CPL avait recueilli les suffrages de 38 832 électeurs sur un total de 55 465 qui avaient participé au vote au Kesrouan, soit 70,01 %. Cette fois-ci, il n'obtient que 31 861 voix alors même que le nombre de votants est monté à 60 474 (soit 52,69 %). En d'autres termes, il enregistre d'un scrutin à l'autre un déficit de l'ordre de 12 000 voix : 7 000 en perte sèche et 5 000 en manque à gagner.
On a le droit de supposer que les 5 000 votants supplémentaires n'ont, en gros, jamais été aounistes et qu'ils ont été mobilisés grâce notamment aux dernières prises de position du patriarche maronite, Mgr Nasrallah Sfeir, à la veille du scrutin. Mais pour ce qui est des 7 000 autres, force est de constater que ce sont des déçus du aounisme.
Naturellement, il appartient à l'état-major du CPL d'analyser les implications politiques de cette évolution des chiffres et d'en tirer les leçons nécessaires. Nombreux sont ceux qui, dans ce camp, pensent que l'essentiel est d'avoir emporté une fois de plus les cinq sièges de la circonscription. Certains vont même jusqu'à claironner la victoire sur le patriarche sur ses propres terres, tout comme à Jbeil sur les terres du président de la République.
Quant au déclin en termes de voix, on s'évertue à le minimiser en se disant que c'est le prix à payer pour le repositionnement opéré par le courant aouniste au cours des quatre dernières années.
Une telle analyse peut paraître pertinente à condition que l'on considère que ce repositionnement politique (alliance avec le Hezbollah, rapprochement avec la Syrie, etc...) a déjà épuisé ses effets pervers. Or rien n'est moins sûr.
D'autre part, il faudra tenir compte du fait que la liste aouniste au Kesrouan faisait face à une équipe souffrant de graves failles congénitales. Fruit de tiraillements en tous sens, formée quelques jours avant le scrutin, manquant totalement d'homogénéité et dénuée de toute dynamique collective dans la campagne électorale, la liste de coalition entre le 14 Mars et les « indépendants » partait avec un sérieux handicap. Et c'est pourtant avec une formation pareille qu'il a été possible de réduire drastiquement l'écart entre les deux camps. Cela en dit long sur l'ampleur de la désillusion chez des milliers d'électeurs aounistes de la première heure.
Globalement, donc, le CPL continue de dominer la scène politique kesrouanaise, mais avec des degrés variant d'une région à l'autre, d'un village à l'autre. Il est certes présent presque partout - les chiffres le prouvent - mais un certain nombre de localités, et non des moindres, échappent désormais à sa suprématie. À commencer bien entendu par le chef-lieu, Jounieh. Sur les dix principaux candidats, le général Aoun ne vient qu'en troisième position dans cette ville, assez loin derrière Mansour el-Bone et Farid Heykal el-Khazen. Il est lui-même talonné de près par cinq autres candidats, trois de ses colistiers et les deux candidats « politiques » de la liste adverse, Carlos Eddé et Sejaan Azzi. Seuls Gilberte Zouein et, surtout, Farès Boueiz, restent quelque peu à la traîne.
L'ancien ministre des Affaires étrangères accuse un déficit de popularité dans la plupart des localités du caza, y compris chez lui, à Zouk, où le camp aouniste demeure impressionnant. En règle générale, les scores de M. Boueiz tirent les moyennes de sa liste dans les diverses localités vers le bas. De leur côté, MM. Eddé et Azzi font nettement mieux, bien qu'arrivant dans la plupart des cas derrière les deux « indépendants », Mansour el-Bone et Farid Heykal el-Khazen.
Ailleurs sur le littoral, le CPL domine, avec une pointe à Safra, où sa moyenne dépasse les 72 %. Seule la localité de Bouar donne l'avantage à la majorité.
Dans le centre du caza, les résultats sont très contrastés. Ajaltoun et Reyfoun d'un côté et Daraoun-Harissa de l'autre accordent leurs suffrages au camp aouniste, alors que Qleyaate, Achqout, Raachine et Bzoummar tombent dans l'escarcelle de la majorité.
Dans le Ftouh, Mansour el-Bone se place généralement en tête de la course, mais s'il parvient souvent à entraîner l'ensemble de sa liste à ses côtés, comme à Kfour et Nammoura, ce n'est pas le cas partout.
À Ghazir et dans ses environs, le CPL demeure le plus fort, mais c'est surtout dans les hauteurs que le sort de la circonscription a été scellé : les cinq grandes localités de cette région, Feytroun, Faraya, Hrajel, Kfardébiane et Meyrouba, se prononcent toutes en faveur de la liste aouniste, à plus de 60 % dans les deux dernières.


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