Bien que contrariée avant le départ, la Grenobloise a devancé de 33 secondes Edwige Pitel, qui est désormais entraînée par Patrice Ciprelli, son mari. Marina Jaunâtre a pris la troisième place à 59 secondes.
Du haut de ses 50 ans et de sa silhouette frêle, Jeannie Longo a connu un début de course mouvementé, accentuant son apparente fragilité.
Une nouvelle fois, le commissaire français Claude Deschaseaux a déclaré non conformes les machines d'Edwige Pitel et de Jeannie Longo, pourtant homologuées par l'Union cycliste internationale pour les Jeux olympiques de Pékin, les championnats du monde de Varèse ou plus récemment le souvenir Magalie-Pache.
De guerre lasse, Edwige Pitel a troqué son vélo pour un « mulet » plus lourd d'un kilo.
Jeannie Longo, habile, a pris le risque de partir en retard et de recevoir le concours du public pour faire craquer le zélé commissaire. Elle s'est finalement élancée avec cinq secondes de retard sur le cadre plongeant qu'elle avait choisi.
« Cela m'a mis un petit coup d'adrénaline et je suis partie très vite », a-t-elle expliqué.
« Je te l'avais dit »
« Sur ce circuit exigeant, devant un public impressionnant qui m'a beaucoup encouragée, j'ai souffert pour finir, j'avais très mal aux jambes mais je suis très heureuse de ce titre. Quant à ce commissaire, qui n'en est pas à son coup d'essai, si le ridicule ne tue pas, il affecte. »
Sans surprise, Jeannie Longo a gagné, mais l'enjeu de cette course n'était pas de savoir si elle allait remporter un nouveau titre, plutôt de voir comment allait tourner son duel avec Edwige Pitel.
Cette dernière est désormais entraînée par Patrice Ciprelli, le mari de Jeannie Longo qui n'entraîne plus sa femme.
C'est pourtant bien Jeannie Longo qu'il a assistée sur la route hier, reformant avec elle un duo devenu légendaire dans le cyclisme.
Bonne joueuse, Edwige Pitel n'a pas porté réclamation contre sa rivale partie avec un vélo jugé non conforme. Elle a préféré s'attarder sur une relève qui ne s'affirme pas. Elle n'est elle-même la cadette de Jeannie Longo que de huit ans.
« Tous les ans, on nous ressert la carte jeunes mais je constate que nous restons devant. Je ne sais pas chiffrer le désavantage du changement de machine, mais bien sûr que cela m'a perturbée », a-t-elle dit.
À la même question, concernant l'avantage procuré par sa machine, Jeannie Longo s'est montrée irascible : « Vous me demandez si cette histoire de vélo m'a aidée à gagner, vous auriez préféré que Pitel gagne, mais l'histoire est ainsi, j'ai conservé mon titre et j'en suis très heureuse. »
En aparté, quelques secondes après son arrivée, Jeannie Longo a demandé à son mari l'identité de sa dauphine et l'écart final. Entendant le verdict, elle lui a lancé : « Tu vois, je te l'avais dit ! »

