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Législatives : juin 2009 - Tout le monde en parle

À propos du vote arménien

Dans les théories et les statistiques 14-marsiennes, on parle à chaque fois des voix arméniennes qui font pencher la balance dans un sens ou dans l'autre, comme si les Arméniens n'étaient pas libanais ou ne sont pas habilités à avoir un choix ou une opinion comme tout le monde (voir L'Orient-Le Jour du samedi 13 juin 2009).
On reproche aux Arméniens d'être structurés et de voter en bloc. Où est le mal ? Pourquoi nous est-il interdit ce qui est permis au Courant du futur vis-à-vis de la communauté sunnite ? Cette dernière, qui  votait pour la Syrie de 1990 jusqu'à 2005, a-t-elle été accusée de traîtrise ?
Aujourd'hui, si les Arméniens votent contre le 14 Mars, ce n'est point par alliance avec le Hezbollah, mais par sanction contre le courant haririen qui a traité cette communauté en dhimmis en lui ôtant le droit, jusqu'en 2005, de choisir ses propres députés comme pour le reste des communautés chrétiennes... À part à Achrafieh, où je salue la victoire de Ter Sarkissian et Oghassabian, élus par une alliance plus appropriée que celle du Tachnag et par des voix non haririennes.
Nayla Tuéni a affirmé que le député arménien du Metn a été élu d'office  grâce à son grand-père et au bon vouloir du 14 Mars. Mais ne soyons pas dupes : au Metn, aucun candidat anti-Tachnag ne se serait mesuré à la machine électorale de ce parti, et si le 14 Mars n'a pas présenté de candidat arménien, ce n'était que dans le but de démobiliser les votes de cette communauté.
En ce qui concerne l'article de Michel Touma, il est notoire que le Tachnag représente au moins 70 % des opinions de la communauté arménienne au Liban. M. Touma reproche à ce parti, et par ricochet à la communauté arménienne, d'avoir pris position aux dernières élections et à la partielle du Metn, alors qu'elle aurait dû se cantonner dans sa neutralité comme durant la guerre et appuyer le président de la République comme c'était de coutume avant ces élections. J'aimerais préciser à ce sujet ce qui suit:
- Les Arméniens, toutes tendances confondues, n'ont pas participé à la guerre pour éviter tueries et destructions qui finissent dans notre pays sans vainqueur ni vaincu, donc retour a la case zéro avec en prime tous les malheurs qui en découlent.
- Durant la guerre, on a reproché aux Arméniens de ne pas prendre parti ; maintenant qu'ils le font, ils sont quand même critiqués.
- L'alliance traditionnelle avec le président de la République avant la guerre était de mise car la majorité des chrétiens, surtout les Kataeb alliés des Tachnag, l'était. D'ailleurs, dans son discours de juin au lendemain des résultats, le parti mettait ses députés à la disposition du chef de l'État.
Retour à la théorie selon laquelle le Tachnag n'aurait pas pris en considération l'intérêt supérieur de notre pays, mais aurait été influencé dans son choix par les intérêts de l'Arménie qui entretient des relations de bon voisinage avec l'Iran ou ceux de la communauté arménienne en Syrie. Je considère cela comme une accusation de manque de patriotisme. Pour y répondre, j'aimerais souligner les points suivants :
- Il est vrai que l'Arménie a de bonnes relations avec l'Iran, pour la simple raison que ce pays représente l'une des voies d'accès à l'Arménie, mais cela n'affecte pas la ligne de conduite politique, comme c'est le cas  aujourd'hui pour le Liban  avec la Syrie. En effet, peut-on affirmer aujourd'hui que le Liban est l'allié de la Syrie ou suit sa ligne politique par besoin de maintenir ses frontières ouvertes avec elle pour sauvegarder son poumon économique vers les pays arabes?
- Michel Touma affirme qu'en votant aux côtés du  CPL, le Tachnag a voulu  remercier l'Iran pour son appui lors de la guerre Arménie-Azerbaïdjan. En fait,  dans ce combat, c'est l'appui de la Russie qui a été déterminant dans la victoire arménienne. D'ailleurs, Moscou y maintient des bases militaires car l'Arménie aujourd'hui est à la Russie ce qu'est la Turquie pour les États-Unis et l'OTAN. Je ne vois donc pas comment l'Iran pourrait menacer l'Arménie pour son non-alignement sur sa politique en présence de la deuxième puissance mondiale comme allié et partenaire.
- Michel Touma et le 14 Mars affirment que le Tachnag a voté CPL sous la  pression de la Syrie et de l'Iran pour préserver les intérêts de la communauté arménienne dans ces deux pays. Je tiens à rappeler que le peuple arménien a connu un génocide et a eu 1,5 million de morts pour avoir refusé de renoncer à ses convictions (en l'absence, à l'époque, de la communauté internationale).
À supposer  malgré tout que l'Arménie ne bénéficie d'aucun support militaire ou politique allié, sachez que ce peuple serait disposé à subir un nouveau génocide pour maintenir son indépendance culturelle et ethnique.
Les maronites ont une importante communauté en Syrie : ont-ils cédé par  crainte de représailles d'Assad pour préserver les intérêts maronites en Syrie ? Non. Pourquoi donc les Arméniens le feraient-ils alors que l'enjeu maronite était de loin supérieur à l'enjeu arménien ?
- La communauté arménienne en Syrie est évaluée à 150 000 personnes ; en Iran, elle est de  200 000  et de  300 000 en France. Aux  États-Unis (un pays  impliqué dans les  élections libanaises), nous sommes un million. Si le raisonnement de Michel Touma tenait, quels pays le Tachnag éviterait-il de froisser ? La France et les États-Unis, ou le tandem Syrie-Iran ? Surtout que le financement du Tachnag est essentiellement assuré par la communauté arménienne du Liban, et celles des diasporas françaises et américaines.
- À titre d'information je tiens à préciser que les Arméniens de la diaspora, avec le recouvrement de l'indépendance en Arménie, n'ont pas eu droit à la nationalité arménienne parce que les autorités d'Erevan craignaient le pouvoir que pourrait avoir cette riche communauté exilée sur le partage politique du pays. Nous pouvons donc dire qu'il y a plutôt méfiance politique entre les autorités arméniennes et la diaspora malgré le sens de solidarité de cette dernière vis-à-vis de la mère patrie.
- Aujourd'hui, le Liban est ce qu'il est justement car c'est le seul pays où l'identité ethnique est primordiale. Comme les grecs-orthodoxes auraient des intérêts différents des maronites et des catholiques, les Arméniens ont eux aussi leurs spécificités. Si elles ne s'accordent pas avec la lutte pour le pouvoir de certains, cela ne veut pas dire qu'ils se mettraient en porte-à faux avec l'intérêt de la nation.
Qui de nous détient la vérité absolue pour classifier ses concitoyens ?
Un Joumblatt ouvert aujourd'hui au Hezbollah serait-il un traître ? La communauté druze en Israël étant ce qu'elle est, cela ferait-il de tout druze au Liban un potentiel espion ?

Sarkis EKMEKDJIAN
On reproche aux Arméniens d'être structurés et de voter en bloc. Où est le mal ? Pourquoi nous est-il interdit ce qui est permis au Courant du futur vis-à-vis de la communauté sunnite ? Cette dernière, qui  votait pour la Syrie de 1990 jusqu'à 2005, a-t-elle été accusée de traîtrise ?Aujourd'hui, si les Arméniens votent contre le 14 Mars, ce n'est point par alliance avec le Hezbollah, mais par sanction contre le courant haririen qui a traité cette communauté en dhimmis en lui ôtant le droit, jusqu'en 2005, de choisir ses propres députés comme pour le reste des communautés chrétiennes... À part à Achrafieh, où je salue la victoire de Ter Sarkissian et...