« Il n'a pas de limites mentales. Il n'y a pas de blocage psychologique et il s'amuse », souligne M. Inocencio, 32 ans, qui a mené pendant 10 ans une carrière parallèle d'athlète, avec un record personnel de 5,42 m, et de coach.
Pour Jean Galfione, qui a perdu son record national décennal en plein air (5,98 m, mais 6,00 m en salle), le gabarit ordinaire (1,78 m) de Lavillenie n'est pas un handicap dès lors qu'il possède un rapport poids/puissance/vitesse optimal.
« C'est une discipline où on peut compenser avec la technique. Il est rapide, dynamique - il vaut 14 sec 40 sur 110 m haies -, et il transmet beaucoup d'énergie au moment de l'impulsion. Il y a un enchaînement parfait entre les vitesses horizontale et verticale. Il y va avec sa personnalité. C'est un pionnier », explique le champion olympique 1996 à Atlanta. « En bout de piste, il faut avoir du détachement face à la barre alors qu'on sent qu'on va tenter quelque chose. Il a failli rater 5,80 m à Leiria (deux essais manqués) pour une histoire de changement de perche, mais il ne se bat jamais avec son matériel », ajoute M. Inocencio, originaire du sud du Portugal.
Et de poursuivre : « Il a progressé dans sa dureté de perche. Il lui manquait du levier (distance entre la main supérieure et le sol, NDLR). Maintenant qu'il maîtrise un nouveau type de perche, plus longue (5,10 m) et plus dure, il a passé un cap. Quand il attaque les 6,00 mètres, ce n'est pas pour les tester, mais bien pour réussir. Il est différent. On l'appelle "le chien fou". » « Pour entraîner à la perche, il ne faut pas avoir peur, bien sentir le saut, ne pas mettre l'athlète en trop grande difficulté », précise aussi Damien Inocencio, qui collabore avec Lavillenie depuis un an mais collectionne depuis plusieurs saisons les titres nationaux et les podiums dans les catégories jeunes. « Parfois, je n'ai pas eu peur d'assumer mes choix », revendique Lavillenie, 22 ans, qui a bien assimilé la diversité des enseignements auprès de ses différents « professeurs ».
Après son père Gilles, ex-perchiste de niveau régional, et Georges Martin, figure tutélaire de la discipline à Bordeaux, le Charentais a trouvé en Damien Inocencio « une relation de complicité », jusqu'à se transférer dans le Puy-de-Dôme où vit également son amie.
« Renaud vit à fond l'événement. La question "limites", on n'y pense pas. On se fixe seulement des objectifs. Le prochain? Évidemment les Mondiaux. Avant, ce sera de refaire 6 mètres, d'être régulier à cette hauteur. Un grand champion doit gagner les grands championnats », explique encore M. Inocencio.
Sur la route de Berlin, se dresse la carrure du champion olympique australien Steven Hooker, capable de sauter 6,06 m l'hiver dernier, mais ensuite freiné par des problèmes physiques. « Son coach m'a envoyé un message de félicitations par mail après mes 5,96 m. Il y a une grosse attente pour notre confrontation à Lausanne », se réjouit Renaud. Qui n'a peur de rien. Il n'a d'autres limites que celles « du corps ».
Quatorzième homme à avoir franchi au moins 6 mètres, « celui qu'on n'avait pas vu venir » (dixit Galfione) ne craint plus désormais d'évoquer Sergey Bubka qui a planté l'Himalaya de ces fous sautant à 6,15 m (en salle).


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