On rappelle qu'à la veille des élections du 7 juin, le patriarche Sfeir avait mis en garde contre les dangers que courent « l'entité libanaise et l'identité arabe du Liban », en cas de victoire de l'opposition.
Dans la forme et sur le fond, l'escalade verbale de sayyed Hassan Nasrallah, mercredi, critiquant le patriarche maronite, a été jugée inadmissible par de nombreux députés et personnalités maronites. Certains d'entre eux se sont rendus à Bkerké pour le dire.
M. Nassib Lahoud a jugé que « le ton accusateur inadmissible » et les propos de Hassan Nasrallah « dérogent aux règles de bienséance d'usage, quand on s'adresse à une instance religieuse et nationale de l'importance du patriarche Sfeir ». Il a noté que « l'esprit dans lequel les choses ont été dites est en totale contradiction avec l'appel de Hassan Nasrallah lui-même à éviter de porter atteinte aux sentiments religieux d'autrui ». M. Edmond Rizk a également été sensible à cette dérogation « contraire aux usages ».
M. Lahoud a par ailleurs jugé « irréprochables » les positions du patriarche en ce qui concerne l'occupation israélienne du Liban-Sud, et déplacés les doutes émis au sujet de son attachement à l'identité arabe du Liban.
Sonner le tocsin
Pour sa part, le député Boutros Harb a affirmé le droit absolu du siège patriarcal maronite, qui a été à l'origine de l'existence de l'entité libanaise, « de sonner le tocsin s'il pense que l'entité libanaise est menacée ». « Nul n'a le droit de critiquer Bkerké pour son attachement à cette entité », a-t-il dit.
Au sujet de l'institution proprement chiite du wali el-fakih, composante essentielle de la foi religieuse dans le chiisme, M. Harb lui a attribué deux dimensions : religieuse et politique. Et, tout en reconnaissant aux chiites le droit à leurs croyances, il a estimé que la dimension politique ne saurait être à l'abri des critiques et des remarques. « L'application du principe de la wilayat el-faqih au Liban le placerait sous la dépendance d'une volonté étrangère à celle du peuple libanais, un fait que nous sommes en plein droit de refuser », a affirmé M. Harb. « Prétendre le contraire, dire que la position de l'instance de recours religieuse, qui se traduit dans les faits par une position politique et par une idéologie politique susceptible d'influer sur l'avenir de tous les Libanais (...) est une atteinte à la religion, coupe court à toute possibilité de dialogue », a-t-il ajouté.
« Il est du droit des chrétiens et des autres communautés de proclamer leur refus de toute idéologie pouvant influer sur l'existence du Liban et sur la liberté de décision des Libanais, ainsi que sur la démocratie au Liban, qui figure au cœur de notre pacte national », a-t-il conclu.
Wilayat el-faqih
Le président Amine Gemayel s'est déclaré « surpris par le contenu négatif » des propos de Hassan Nasrallah. Il a affirmé que le patriarche Sfeir est « la conscience du Liban » et « l'authentique représentant d'une opinion publique qu'inquiètent les armes du Hezbollah » et les orientations idéologiques de ce parti. « Il faut clarifier ce point », a-t-il dit, rappelant que le Hezbollah a « tourné ses armes vers l'intérieur » le 7 mai 2008 à Beyrouth.
M. Gemayel a noté aussi qu'il ne faut pas confondre les plans politique et religieux, relevant que « la direction spirituelle en Iran est en même temps la direction temporelle qui gère la vie politique iranienne » et que cette direction « s'est alliée avec un camp bien déterminé au Liban ».
Ce lien organique entre la République islamique d'Iran et le Hezbollah a également été souligné par M. Carlos Eddé, qui a été reçu par le patriarche Sfeir. « Israël a menacé le Liban, il en a convoité les eaux, il l'a occupé et détruit, a dit le chef du Bloc national, mais il n'a jamais menacé en tant que telle l'entité libanaise. Il n'a jamais tenté de la transformer en entité sioniste ou de modifier le mode de vie et de pensée de ses habitants. Nous parlons d'une menace contre l'entité libanaise parce qu'il y a des groupes au Liban qui font allégeance à des valeurs venues de l'étranger, qui n'ont pas d'existence libanaise propre », a dit M. Eddé.
Le ministre de l'Environnement, Tony Karam, a relevé la contradiction qu'il y avait à appeler au respect des croyances religieuses et « à mettre en doute les constantes nationales du patriarche », rappelant par ailleurs que le président iranien Ahmadinejad avait lui-même déclaré publiquement, deux semaines avant le scrutin (26 mai), que « la victoire de l'opposition au Liban changera le visage de la région ».
Triomphalisme prématuré
MM. Dory Chamoun, député du Chouf, Fouad el-Saad, Jawad Boulos et Samir Frangié se sont également faits les défenseurs du siège patriarcal maronite et de son chef. M. Frangié, qui a cité l'exclamation triomphaliste du président Ahmadinejad, a rappelé en outre que le numéro 2 du Hezbollah, cheikh Naïm Kassem, avait cavalièrement annoncé le 5 juin 2009 que son parti continuerait d'ignorer la résolution 1701 et de s'armer « au nez et à la barbe » du Conseil de sécurité.
M. Frangié a jugé « déplorable » que Hassan Nasrallah oublie l'appui que la Résistance islamique a reçu de la part de Bkerké durant l'occupation israélienne, ainsi que les sommets spirituels répétés qui se sont tenus pour appuyer le Liban-Sud agressé. Il a regretté aussi que le Hezbollah ait oublié que le patriarche Sfeir a refusé de considérer le Hezbollah comme « un mouvement terroriste », lors d'une tournée aux États-Unis.
Pharaon
Le député Michel Pharaon a joint sa voix au concert des condamnations. Il s'est rendu à Bkerké pour le dire, et pour informer le patriarche des détails de la bataille électorale dans sa circonscription. Il en a profité pour confier à la presse que « ni la Constitution ni son esprit ne parlent du tiers de blocage ». M. Pharaon s'est également déclaré hostile à un blanc-seing que la majorité accorderait à M. Nabih Berry.
Signalons pour finir que le patriarche Sfeir a reçu hier un appel téléphonique de cheikh Naïm Hassan, cheikh Akl de la communauté druze.


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