Entre deux répétitions au Conservatoire national supérieur de musique face au Grand Sérail, rencontre amicale, pour une discussion à bâtons rompus, avec un musicien haut de gamme, très heureux d'être au pays du Cèdre.
Les cheveux noirs coupés court, le regard vif, le pianiste mexicain Mauricio Nader est tout sourire pour parler de sa première rencontre avec un pays dont il n'ignore guère ni la lumière ni les saveurs et encore moins les parfums et la gastronomie...
« Je ne parle pas l'arabe (pourtant il en baragouine quelques phrases parfaitement compréhensibles), dit-il d'emblée en s'exprimant en anglais. Je suis si heureux, enfin, d'être à Beyrouth où les contrastes sont si marqués avec cette architecture qui mêle le moderne à l'ancien, le flambant neuf aux vieilles demeures. Et surtout où les gens sont si aimables, si hospitaliers, si chaleureux...On est aussi surpris par cette grande vague de chaleur, enrobée d'humidité, qui assaille Beyrouth où il fait plus chaud qu'à Mexico !... »
Quid de son histoire avec la musique alors qu'il est prix Bartok-Kabalevsky aux USA et prix de la Biennale de piano au Mexique en 1996.
« Cela remonte très loin, confie le pianiste en piochant dans ses souvenirs. C'est-à-dire le déclic s'est opéré vers l'âge de six ans lorsque j'écoutais mon père interpréter au clavier des ritournelles mexicaines à la mode... Fascination immédiate devant les touches d'ivoire et de leurs sons. À huit ans, j'avais déjà mon premier professeur de piano et à neuf ans je donnais mon premier concert à Mexico City avec Fur Elise de Beethoven, un prélude de Bach et d'autres morceaux... Un joli début pour poursuivre mes études musicales au Conservatoire national de musique de Mexico. Ensuite, pour des diplômes supérieurs, je suis allé parfaire mes connaissances à l'Université de Houston ainsi qu'à l'Eastman School of Music. Et entre soliste, musicien d'orchestre de chambre, expression des compositions contemporaines et enseignement, ma carrière de pianiste, dès l'âge de quinze ans, est déjà lancée. À mon actif, plus de six cents concerts en sillonnant beaucoup de pays, de l'Amérique latine, bien entendu, mais aussi les grandes métropoles européennes. La musique et le piano sont mon expression vitale. La musique est ma langue et le piano le moyen de l'exprimer... Ce que je ne puis dire par des mots, je l'exprime en effleurant les touches du clavier... Il est vrai que j'ai tâté aussi de la composition, mais je me sens plus à l'aise avec l'interprétation. Mes compositeurs favoris ? C'est difficile de trancher. Mais de Bach à Ligeti, j'aime Bartok, Chopin, Schumann, Schubert et Liszt, pour ne citer que ceux-là... Et ma pièce favorite au clavier (parmi d'autres, bien entendu) demeure la Rhapsodie sur un thème de Paganini de
Rachmaninov. »
Et pour les mélomanes libanais, Nader semble avoir concocté un programme exceptionnel, composé surtout de musique classique mexicaine allant du romantisme aux œuvres contemporaines, véritable nouveauté et une révélation pour l'auditoire.
« En effet, souligne le pianiste, je donnerai, en tant que soliste, la réplique à l'Orchestre symphonique national libanais, avec un opus de Manuel M. Ponce. Mais il y a, du point de vue orchestral, des œuvres, jetant la lumière sur plusieurs facettes et composantes de la musique mexicaine, de Carlos Chavez (une transcription d'une Chaconne de Buxtehude), des danses intitulées Huapungo de José Pablo Moncayo (considéré comme le second hymne national mexicain) et Danzon d'Arturo Marquez. Quant aux trois récitals de piano (à Chartoun, Jounieh et Tripoli), il y a un florilège de compositeurs mexicains et je nomme Leonardo Velazquez, Ricardo Castro, Rosa Guraieb Kuri (d'origine libanaise, comme son nom l'indique), Gustavo Morales, Mario Lavista, Carlos Chavez, Amuel Zyman et Mario Ruiz Armengol...Beaucoup de thèmes mêlant passion, sensualité, rythme, esprit romantique, cadences modernes...J'espère que le public libanais aimera ces concerts ainsi que la musique mexicaine. Et que ces mélodies et ces rythmes venus du Mexique continueront à lui donner le goût de fréquenter les salles de concerts... »
Programme des concerts
Après Chartoun et Jounieh, ce soir, à 19 heures, Tripoli, Fondation Safadi.
Demain vendredi, 19 juin, à l'église Saint-Joseph (USJ) avec l'OSNL sous la direction de Harout Fazlian, à 20h30.

