Bien sûr qu'entre deux maux, j'ai choisi le 14 Mars mais la mort dans l'âme. Et je n'étais pas la seule ! Beaucoup de mes amis font partie de ces citoyens qui rejettent le tribalisme qui caractérise notre structure sociopolitique ; beaucoup sont très acerbes à l'égard des leaders politiques qui ont perverti l'enthousiasme et les puissantes motivations qui ont réuni les Libanais le 14 mars 2005. Tous mes amis étaient lucides, conscients qu'ils ne votaient pas pour ces chefs qui les ont trahis, mais contre l'arrivée au pouvoir d'individus dont le modèle de référence est l'Iran des mollahs.
Et la victoire inattendue est arrivée. Mes amis et moi étions naturellement heureux mais lucides d'avoir mis au mieux, pour les quatre ans à venir, un petit bémol aux tentatives hégémoniques de partis fascisants et qui cherchent à nous imposer la pensée unique. En même temps, nous sommes emplis d'amertume, car nous sommes convaincus que rien, absolument aucun changement structurel, pourtant vital pour le Liban, ne pourra être réalisé par la nouvelle majorité parlementaire. Nous sommes persuadés qu'au mieux elle mettra quelques obstacles temporaires à l'accaparement des structures étatiques par le clan du 8 Mars et qu'au pire, elle se pliera à de funestes compromissions au prétexte de préserver la paix civile alors qu'elle y trouvera sans nul doute des intérêts de toute nature.
Un travail de construction de l'État libanais est encore à faire. Depuis 1943, cet État est en régression continuelle.
Il s'agit de réviser la Loi fondamentale pour aboutir à une Constitution moderne et respectée de tous. Il s'agit d'édifier un État dominé par les institutions et non par les particuliers, un État de droit où nul ne peut se placer au-dessus des lois. Il s'agit d'abolir le fonctionnement tribal et confessionnel pour permettre l'émergence d'un citoyen dont l'appartenance va d'abord à son pays et non à son clan, il s'agit d'effectuer un indispensable travail de réflexion sur les causes et les conséquences des guerres au Liban, il s'agit de réformer l'assurance maladie, la Sécurité sociale, il s'agit de purger l'administration, de lutter pour abolir la corruption, etc. Je m'arrête là bien que la liste soit loin d'être exhaustive.
Pour parvenir à ces objectifs, il est indispensable qu'il y ait des leaders nationaux et non confessionnels, des leaders qui défendent avec courage et une inébranlable conviction de cette vision du Liban sans chercher, surtout, à dépendre d'une quelconque tutelle extérieure mais uniquement en rassemblant, à l'intérieur du pays, des citoyens qui partagent cette vision et, croyez-moi, parmi les participants à la manifestation du 14 mars 2005, ils étaient bien nombreux.
Mais c'est avec une immense tristesse, un terrible désespoir que je sais, que mes amis savent que cet espoir-là non seulement ne sera jamais réalisé mais que toutes les données historiques et sociopolitiques indiquent une érosion inéluctable des lambeaux de ce qui reste de l'État libanais dont seront, en premier lieu, responsables, ceux-là même dont la victoire nous a réjouis.


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