Par ailleurs, la période 2005-2008 a été marquée par une dramatique tentative de déstabilisation du Liban, qui a immédiatement suivi le retrait de l'armée syrienne du Liban, sans que l'on puisse établir encore un lien direct et certain entre ces deux données. La tentative de déstabilisation s'est traduite par une série d'assassinats politiques de députés, d'hommes de plume, de penseurs et de militaires, y compris de l'officier supérieur pressenti pour être un futur commandant en chef de l'armée, François Hajje, ainsi que par une trentaine d'attentats à la bombe dont le mystère n'est toujours pas éclairci.
Dans le cadre des tentatives de déstabilisation du Liban, mention spéciale doit être attribuée à l'organisation Fateh el-Islam, une organisation islamiste glauque qui a semé la mort et la dévastation dans le camp de Nahr el-Bared, en 2007, avant d'être matée dans le sang, au prix de lourdes pertes dans les rangs de l'armée.
Cette période de déstabilisation avait été relayée, sur le plan interne, par un mouvement semi-insurrectionnel destiné à pousser le gouvernement de Fouad Siniora à la démission. Il s'est traduit notamment par la démission collective des ministres chiites du gouvernement, la contestation de la légitimité du gouvernement, la fermeture du Parlement, l'occupation du centre commercial, une grève insurrectionnelle manquée qui a entraîné des heurts civils d'une extrême gravité et provoqué une cassure entre chiites et sunnites, sans parler de la menace permanente d'une occupation violente, militaire et populaire, du Sérail, pour en chasser le chef du gouvernement.
Un parcours sinueux et tumultueux avait été franchi, par le gouvernement et la majorité, pour obtenir la création du Tribunal spécial de l'ONU destiné à tirer au clair les circonstances de l'assassinat de l'ancien Premier ministre Rafic Hariri (14 février 2005). Compte tenu de la paralysie partielle du gouvernement libanais, la création de cette cour avait finalement dû son existence aux dispositions du chapitre VII de la Charte de l'ONU.
N'oublions pas non plus que les années 2005-2009 ont été marquées par la présidence guerrière de George Bush, considéré par le Hezbollah et une bonne partie de l'opinion libanaise comme le complice direct d'Israël dans l'agression de juillet-août 2006. Le seul point positif de cette guerre a été l'adoption de la résolution 1701 de l'ONU, qui a mis fin au conflit, et offert à l'État libanais un cadre légal à l'intérieur duquel il peut - théoriquement - manœuvrer aussi bien à l'égard d'Israël que du Hezbollah.
C'est toute cette période noire de la vie nationale que les élections du 7 juin 2009, conséquence directe de l'accord de Doha (mai 2008) et de l'élection du président consensuel Michel Sleiman, devraient permettre de dépasser. Les élections, dont les résultats ont été reconnus par les principaux partis, ainsi que par la communauté internationale, accordent 71 députés à la majorité et 57 à l'opposition. Au sein de cette équation, le chiffre-clé est le pourcentage de voix chrétiennes dont jouit le général Michel Aoun. Ce rapport le crédite de 48 % des voix chrétiennes, alors qu'il pouvait se vanter d'en avoir rallié 70 %, lors du vote précédent. Une baisse de représentativité significative qui pourrait jouer, elle aussi, en faveur d'un apaisement des passions, en prévenant la surenchère confessionnelle chrétienne.
L'environnement international où s'insèrent ces élections est, lui aussi, plus propice à la paix que sous la présidence de George Bush. Le discours du nouveau président américain, Barack Obama, est nettement plus souple que celui de son prédécesseur, tout en restant ferme sur le scandale de la poursuite des colonies de peuplement et la formule des deux États. La France de Nicolas Sarkozy semble avoir l'oreille de Damas. Le climat international pourrait devenir encore plus favorable encore, à la lumière des résultats de l'élection présidentielle en Iran, le 12 juin. Les pourparlers de paix entre la Syrie et Israël pourraient reprendre. Même le Liban pourrait être invité, bientôt, à la table des négociations.
Mais il y a des limites à l'optimisme, aussi bien sur le plan interne que sur le plan externe. Sur le plan interne, et sans parler des armes du Hezbollah, des sources redoutent une radicalisation de la représentation confessionnelle, qui se traduirait par une persistance de l'impasse politique.
Sur le plan externe, de graves dossiers, comme celui du nucléaire iranien et de la prolifération des armes nucléaires dans la région, ou celui des divisions opposant l'OLP au Hamas, continueront d'être, dans les prochains mois, une sérieuse source d'instabilité, ce qui ne manquerait pas de se répercuter, indirectement, sur le Liban.


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