Alors mettons-nous d'accord, est-ce que je jette la boîte dans l'océan en espérant qu'elle vous parviendra ? Est-ce tellement cher à transporter dans un avion ? Je pensais la donner à un ami à qui vous avez payé le voyage. Il vous les aurait apportées volontiers, ces 743 354 voix. Le sourire en prime.
Je veux voter, messieurs, dames. Je veux déposer ce satané bout de papier dans une boîte et je veux qu'il vienne modifier les chiffres et les résultats. Je veux que ma voix renverse la balance, qu'elle accorde la victoire à l'un plutôt qu'à l'autre. Je veux que mon choix bouscule vos petits calculs. Je veux que ma voix chamboule ces élections. Je veux mon bout de papier, mon bout de papier à moi. Qu'il vienne modifier la face du pays. Réduire les espoirs des uns, ériger les rêves des autres.
Je veux que ma voix soit comptée depuis Paris, comme le jeune Zimbabwéen et l'adulte irakien et la grand-mère indonésienne. Alors, messieurs, dames, est-ce que je vous l'envoie par courrier ? Est-ce que je vous la communique par téléphone ? Dois-je la remettre à l'ambassade ? Ou est-ce que vous avez une adresse électronique, messieurs les législateurs ? Hotmail garde mieux les secrets que les voiles de vote de mon pays.
Mon pays. Mon pays à moi. Mon pays où je reviendrai et de la politique duquel j'ai le droit de décider, à la vie duquel j'ai le droit de participer. Où je reviendrai une fois pour toutes pour vous demander poliment d'aller au diable.
Et au nom des 743 354 immigrés amers et larmes aux yeux. Au nom de ces 743 354 à qui vos lois indiquent jour après jour la voie de l'apatride. Au nom des voix des 743 354 Libanais qui regardent leur pays et ne peuvent le frôler que du regard, à qui ils ne peuvent que penser, à qui ils envoient tant sans jamais rien recevoir. Au nom de ces 743 354 désillusionnés : si vous ne voulez pas de nos voix, alors nous ne voulons pas de la vôtre.
Et le papier, je vous l'envoie malgré tout, messieurs, ce bout de papier que vous ne prendrez pas en compte. Vous pourrez malgré tout tenir avec vos coupes de champagne ou vous sécher les larmes des yeux. Parce que mon papier est blanc, chères petites âmes. Blanc comme le mont Sannine qui vous regarde avec dédain, blanc comme le fond blanc du drapeau libanais après la chute de l'Empire ottoman. Mon drapeau blanc que vous n'avez cessé de teindre de rouge depuis 40 ans.


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