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Législatives : juin 2009 - Pour aller plus loin

Le retour de la « majorité fictive »

L'une des premières idées qui viennent à l'esprit, après le scrutin de dimanche, c'est qu'il a provoqué l'effondrement de la fiction de la « majorité fictive », une expression forgée par Michel Aoun pour contester, tout au long des quatre dernières années, la représentativité de la majorité sortante et lui mener la vie (très) dure. Mais il n'y a pas eu de second tsunami orange, et le rapport entre les députés membres de la majorité et ceux de l'opposition sont de 71 à 57, soit 55 % de la Chambre pour la majorité, contre 45 % à l'opposition, dans l'état actuel des alliances.
Les chiffres sont sobres et parlent d'eux-mêmes.
Ceci ne contredit en rien le fait que le général Michel Aoun se trouve à la tête d'un bloc parlementaire important qui comprend 21 députés. Mais cela réfute une fois pour toutes l'existence de ce qu'il avait appelé avec mépris « les chrétiens de Koraytem » élus avec des voix sunnites, par opposition aux « vrais » députés chrétiens qui l'appuient. Du reste, beaucoup de députés du Bloc du changement et de la réforme ont été élus grâce à des appoints de voix venus d'autres communautés. L'exemple de Jbeil est parlant. On le dit dans un sentiment de honte, pour faire taire certaines voix, mais le fait même de penser de la sorte est un affront pour le Liban. Car tout comme un député élu est un député de la nation, un électeur qui fait son devoir est un Libanais, point final. Dans ce cadre, quelles que soient les réserves politiques que l'on puisse avoir vis-à-vis du Tachnag, certains propos racistes à l'encontre des Libanais d'origine arménienne sont totalement inadmissibles.
Des voix s'élèvent pour opposer la « majorité parlementaire » à la « majorité populaire », mais à ce rythme, on peut argumenter à l'infini et vider la démocratie de son sens. En rejetant les règles du jeu toutes les fois qu'elles ne sont pas à notre avantage, c'est la possibilité de l'existence d'un jeu qui saute.
Certes, des données techniques ont pu influer sur le scrutin, et notamment la lenteur du processus de vote, qui en a découragé certains. On peut aussi, et on l'a fait, invoquer la question du plafond des dépenses électorales. Tout le monde sait qu'il n'a pas été respecté, et que d'innombrables violations de cette règle se sont produites. Mais ce débat est étroitement lié à la présence au Liban d'un flux monétaire qui ne passe pas par le système bancaire et de portions de territoire sanctuarisées, de sorte que la loi, ne pouvant être appliquée impartialement à tous, n'est appliquée à personne.
Le verdict des urnes, pour clair et net qu'il soit, n'en est pas moins malléable. Les alliances électorales pourraient devenir plus mobiles, dans la perspective des échéances nationales et internationales qui pointent à l'horizon. On parle, dans les cercles proches du pouvoir, de la formation d'un grand bloc du centre dont les composantes viendraient de divers horizons, partisans et indépendants. Ce centre, auquel Walid Joumblatt et Nabih Berry apporteraient leur caution, permettrait la réélection de Berry à la tête de l'Assemblée. Sa formation adoucirait le clivage actuel et donnerait une nouvelle marge de manœuvre au chef de l'État. Dans cette perspective, le prochain chef du gouvernement pourrait bien être un homme de consensus, comme Nagib Mikati, dont la présence ne constituerait un défi pour personne. Ce qui ne serait pas le cas, si un Saad Hariri était pressenti pour succéder à Fouad Siniora.
Mais il n'y a pas que Michel Aoun qui devra tirer les leçons du scrutin. Le 14 Mars, aussi, devra examiner sa ligne d'action. « Au nom des valeurs du 14 Mars », un candidat au Batroun, Nabil Hokayem, a justifié le maintien de sa candidature, face à un autre candidat du 14 Mars, assurant avoir voulu, par ce geste, « livrer un combat pour le renouvellement de l'élite politique ».
À n'en pas douter, beaucoup de grandes figures du 14 Mars, qui seront absentes de la Chambre, partagent son point de vue. Les convictions politiques ne sauraient se substituer, à aucun moment, à la compétence et à l'intégrité, ni à la démocratie, au sein des mouvements et des partis de la majorité. Dans certaines régions, les déçus du courant aouniste ont vainement cherché une alternative crédible au sein des rangs souverainistes et ne l'ont pas trouvée, avec l'élimination systématique de certaines des figures les plus emblématiques du 14 Mars. L'un des partis qui devront faire, le plus, preuve d'imagination, pour se renouveler, est celui des Forces libanaises.
Les agences et les observateurs étrangers ont été sensibles à la portée internationale de la victoire de la majorité. Elle existe. L'ouverture à l'Occident confirmée par les élections est réelle, et elle pourrait nous valoir quelques avantages, comme aussi des embarras. Si l'on invite le Liban à engager des pourparlers de paix avec Israël, par exemple.
La victoire de la majorité est également victoire sur ceux qui voulaient défaire les États-Unis au Liban, ou, mieux, utiliser le Liban pour défaire l'Amérique. Elle est enfin, et surtout, rejet d'une alliance transnationale des minorities, dans laquelle on cherche à entraîner les maronites, pour ne rien dire des autres communautés, comme celle des arméniens ou encore celle des syriaques-orthodoxes dont Michel Aoun veut « bannir » l'un des évêques. De toute évidence, ces élections sont historiques. Pourvu que, pour une fois, Israël se taise et ne nous dise pas ce que nous devons ou ne devons pas faire, montant les Libanais les uns contre les autres. Que ces gens-là commencent par balayer devant leur propre porte.
Les chiffres sont sobres et parlent d'eux-mêmes. Ceci ne contredit en rien le fait que le général Michel Aoun se trouve à la tête d'un bloc parlementaire important qui comprend 21 députés. Mais cela réfute une fois pour toutes l'existence de ce qu'il avait appelé avec mépris « les chrétiens de Koraytem » élus avec des voix sunnites, par opposition aux « vrais » députés chrétiens qui l'appuient. Du reste, beaucoup de députés du Bloc du changement et de la réforme ont été élus grâce à des appoints de voix venus d'autres communautés. L'exemple de Jbeil est parlant. On le dit dans un sentiment de honte, pour faire taire certaines voix, mais...