En d'autres pays, une galerie de portraits ferait la fierté d'un musée. La nôtre incite plutôt à adresser à chaque hurluberlu qui y figure des questions directes.
Au premier qui se présente on a envie de dire : « Toi dont la binette est représentée sur fond de montagne, je ne t'ai jamais entendu parler de la disparition du paysage libanais. Tu n'as pas proposé les mesures indispensables à prendre pour freiner la dégradation de l'environnement ; je ne voterai pas pour toi. »
Au second : « Avec ton visage de poupon et donc probablement en raison de ta jeunesse tu n'as jamais parlé du patrimoine qu'une réglementation d'urbanisme aberrante a anéanti. Réglementation que des responsables qui ne sont eux-mêmes que des spéculateurs fonciers comme toi ont concoctée. Je ne t'ai jamais entendu dénoncer cette catastrophe et proposer un plan de sauvetage des sites et bâtiments historiques ; ne compte pas sur moi le jour du vote. »
Au troisième : « Toi mon drôle, tu aurais pu évoquer l'accaparement du littoral par des multinationales de lotissement et comment on pourrait y mettre un terme. Le bulletin que je déposerai dans l'urne ne portera pas ton nom. »
Au quatrième : « Toi dont le portrait règne sur la masse compacte des voitures recouvrant des hectares d'autoroute (à propos, ne serais-tu pas de ceux qui encouragent la conversion des jardins publics en parkings ?), il ne t'est pas venu à l'idée de proposer d'instaurer un système coordonné de transport en commun pour tout le Liban ; pourquoi voterai-je pour toi ? »
Au cinquième : « Toi enfin, déjà décrépi, vieux comme Mathusalem, au visage expertement botoxé, je ne t'ai pas entendu dire qu'il est grand temps de rafraîchir les lois pour instaurer un peu plus de justice sociale, ou tout simplement plus de sens civique. Tu aurais pu proposer par exemple le respect du code de la route. Du temps de ta jeunesse l'excès de vitesse sur les autoroutes était verbalisé. Ou bien inscrire le nom des rues aux carrefours pour que l'on se sente enfin appartenir à un quartier, à une ville, à un pays ; tu n'en as rien dit, pourquoi voterai-je pour toi ? »
« Vous tous, sans exception, hormis Taëf, Doha, les armes d'une superclique illégale, les relations avec le pays « sœur », sachant pertinemment que ces sujets seront d'actualité pendant des décennies encore, vous n'avez semble-t-il pas d'autre conversation.
Entre-temps, le dépècement de la carcasse du Liban se poursuit par vos mains, en silence, sans rien dire à ceux à qui vous demandez de voter.
Dimanche 7 juin il est difficile de résister à la tentation de rester chez soi, à écouter de la musique composée par les vrais grands de cette terre. Mais paraît-il que cette fois-ci il ne s'agit pas de candidats mais rien moins que du sauvetage du Liban. Que faire ?


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